9 janvier 2012

Le oui et le non


"Si on ne peut pas dire non, on ne peut pas dire oui."

"Lorsque nous descendons vers la frontière où la conscience corporelle touche à l'inconscient nous prenons conscience de ce que l'inconscient est notre force, alors que la conscience est notre gloire. Nous sentons l'unité de la vie, et nous réalisons que la signification de la vie est la vie elle-même. Nous pouvons même descendre plus bas et permettre à l'inconscient de nous envelopper comme dans un sommeil magnifique ou un orgasme extatique. Nous nous trouvons alors rénovés dans les sources profondes de notre être, et nous pouvons nous lever pour une nouvelle journée avec une conscience rehaussée, qui n'a pas besoin de s'accrocher à sa lumière éphémère par peur du noir."
 
Dr Alexander LOWEN
 La Bio-Energie

6 janvier 2012

Rémanence

Lorsqu'il partait, se creusait dans mon âme un gros trou de tristesse, d'une tristesse mortelle. Puis elle s'apaisait. Nous échangions quelques textos et cela suffisait à recréer un sentiment de présence.
Il m'appelait toujours en rentrant chez lui.
Tous les soirs, je lui souhaitais une bonne nuit, par écrit, exactement à l'heure où j'étaignais.
J'ai fait cela pendant cinq ans.
Je crois que ma peine, lorsqu'il partait, plus dure au fil des années, était la préfiguration de sa mort, comme un motif déjà tramé avant d'être réellement donné à sa pleine mesure.
Il me manque encore aujourd'hui, j'en prends conscience dans le refus car c'est une pensée inacceptable. Je sais combien être passée à autre chose est pour moi une chance, en même temps qu'un parcours évident. Je n'aime plus les phrases de roman facile comme je n'ai jamais aimé que lui, car il y a là beaucoup de tromperie, j'ai suffisamment aimé après lui pour le savoir. Mais jamais de cette exacte façon. Et quand l'osthéopathe me dit "vos émotions sont bloquées, vous devez savoir pourquoi", je pense fatalement que peut-être ce que j'ai vécu de drame a laissé sa marque en moi, dans la recherche aussi d'une vie calme et sans heurts, dans la fermeture de mon cœur aux grands élans. Certains mots restent difficiles à utiliser après lui. Je n'écris pas "à tout jamais", car je sais bien pour avoir été à moi-même infidèle, que de "tout jamais" il n'y a point.
De cet amour impossible, vécu pour être impossible, dois-je garder seulement que "c'est fait", la passion romanesque n'est plus sur ma feuille de route… ou au contraire pour lui être fidèle, d'une manière dont il eut pu être fier, me tenir heureusement en vie. Vivre surtout à l'écoute de cet élan en moi, sincère et entier, qui me lia à lui si longtemps qu'il pourrait m'y lier encore, si la mort n'était venue prendre sa part.
Je n'ai pas exactement oublié, même si je ne vois pas aujourd'hui à quoi me serviraient pour vivre certains souvenirs.
Je ne suis pas celle que j'étais à 19 ans, et pour l'essentiel, tant mieux. Mais quand mes rêves me font voler au-dessus d'une plaine bocagée, ou recueillir un lièvre blessé, je suis bien la même à tout âge, silencieuse et concentrée, aimante, tendue, libre.
"Un clou ne chasse pas l'autre.", disait-il.

Joies du jeudi #48

 * Rêver qu'un ange gardien me réapprend à voler, et que je m'élève, très haut, au-dessus des buissons d'épine et du vert des champs.


* Vivre un dimanche remarquable par son caractère dominical.

* Cuisiner un rôti familial et du porc masala.

* Manger des huîtres.

* Savourer un bon petit vin bio du pays d'Oc avec un époisses et du pain frais.

* Rencontrer, au moment de basculer dans l'année nouvelle, une femme libre, curieuse et passionnée, au beau nom de commencement.

Merci à la vie pour ce bel appel, cette belle surprise, et cette envie de la suivre au Caire, où mon enfance à encore sa maison.

Oh ! Femme future
Tous ces trésors
Le corps en aventure
Elle s'endort


(désolée pour la référence kitsch ; la coiffure de Julie Pietri est monstrueuse dans le clip, mais vous noterez que le décor est complètement dans le thème)

* Faire un tour au Panic Room avec des amis.

* Dire la vérité.

* Faire. Me remettre le pied à l'étrier.

* Intégrer de nouvelles recrues dans mon projet de spectacle.

* Dormir profondément.

* Me faire les ongles en arc-en-ciel.


* Voir une excellente adaptation théâtrale de L’Écume des jours de Boris Vian, un autre de mes amours d'enfance !
Dommage, c'est fini…mais je vous conseille de suivre les mise en scène de Béatrice de La Boulaye.

Je voudrais pas crever
Avant d'avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d'argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d'égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres
Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu'on attrape là-bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si si si je savais
Que j'en aurai l'étrenne
Et il y a z aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j'apprécie
Que je sais qui me plaît
Le fond vert de la mer
Où valsent les brins d'algues
Sur le sable ondulé
L'herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L'odeur des conifères
Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l'Ursula
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J'en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux
Je voudrais pas mourir
Sans qu'on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs
Tant de choses à voir
A voir et à z-entendre
Tant de temps à attendre
A chercher dans le noir

Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s'amène
Avec sa gueule moche
Et qui m'ouvre ses bras
De grenouille bancroche

Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d'avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu'est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir goûté
La saveur de la mort... 

Boris Vian

4 janvier 2012

Un ordre de mission

Dans le même ordre d'idée que les intentions de Tara Mohr, je me suis attelée aujourd'hui à la rédaction de mon ordre de mission, et  ma première satisfaction fut de constater que j'avais malgré tout une idée assez claire de mon horizon, même si la façon concrète et quotidienne de faire un pas puis l'autre pour l'approcher n'est pas toujours bien définie.

"I want to learn more and more to see as beautiful what is necessary in things; then I shall be one of those who make things beautiful. Amor fati: let that be my love henceforth! I do not want to wage war against what is ugly. I do not want to accuse; I do not even want to accuse those who accuse. Looking away shall be my only negation. And all in all and on the whole: some day I wish to be only a Yes-sayer."
 
F. Nietzsche
Section 276
The Gay Science

3 janvier 2012

Intentions

J'ai eu beaucoup plus de mal à mettre au point une liste de résolutions cette année que les années passées. Peut-être justement parce que la nécessité d'évoluer, d'aller à la rencontre de moi-même et d'une vie intense et vraie se fait de plus en plus pressante, maintenant que la vie d'adulte est vraiment là, et qu' "on n'est plus là pour rigoler" (quoique.. peut-être que si justement !). Peut-être aussi parce que certaines choses nécessaires l'étaient déjà auparavant, et que les reconduire reste une priorité (je pense à la volonté de simplifier ma vie notamment, mais aussi à l'importance de faire une place à la spiritualité et au corps). Peut-être aussi parce qu'à mes vœux intimes se sur-impriment des choses bien concrètes qu'il faut régler (rendre mon appartement habitable par exemple). Peut-être aussi parce que si du point de vue des valeurs je sais de mieux en mieux vers quoi je veux avancer, je ne parviens toujours pas à visualiser à quoi devrait ressembler mon quotidien pour que je sois au sommet de moi-même et de mon adhérence au monde.

" Sometimes our intentions for the new year turn into just that: a kind of macro to-do list, with all the big projects we aim to get done. There’s nothing wrong with that. It’s just limited. There is a lot more to discover and craft about the year ahead than the list of projects our conscious minds would like to get done. There are messages from the heart. There are whispers from the soul. There are new colors to live in and there is new inner music to walk with. How do we get at those things? "


Les murmures de l'âme…
Ma raison a appris à formuler ses intentions ; elle me parle d'organisation, de santé, de progression. Et l'âme de sa voix flûtée murmure le refrain du berger ou le poème de la steppe. Elle me demande quand je quitterai enfin le stade bourgeois pour revenir au stade esthétique, ou aborder le stade religieux. Elle réclame de l'intensité, l'aventure, les pas libres sur des chemins inédits, le feu blanc de la poésie. Elle m'appelle à mettre en mouvement mes quatre pattes, et pas seulement pour une petite promenade de santé.

Pour revenir à Tara Sophia Mohr, elle propose un petit exercice intéressant pour l'année nouvelle.

Je vous laisse jouer avec voici le résultat de mon côté :

1. Parce que j'ai voulu que 2012 soit une année qui compte, j'ai enfin trouvé ma voie professionnelle cette année-là.

2. Parce que la peur de l'échec ne suffisait plus à me retenir de ne pas le faire, en 2012 j'ai pris un boulot qui me permettait d'exprimer toute ma créativité.

3. Parce que j'ai écouté les murmures à l'intérieur, en 2012 je suis partie à l'aventure sans filet.

4. Parce que les choses qui me réjouissaient enfant me réjouissent encore, en 2012 j'ai beaucoup marché dans la nature.

5. Parce que les plaisirs simples sont si riches, en 2012 j'ai passé beaucoup de temps tout calme avec des amis chers.

6. Parce que mon corps m'a servie si fidèlement et esthétiquement toutes ces années, en 2012 j'ai pris soin de lui et lui ai donné la parole.

7. Parce que le monde a besoin de moi, en 2012 je suis allée à sa rencontre.

8. Grâce aux personnes merveilleuses qui m'ont aimée et ont fait de moi ce que je suis, en 2012 j'ai fait en sorte de ne fréquenter que des gens qui me faisaient du bien.

9. Parce que je veux croire à la force du pardon, en 2012 j'ai décidé de lâcher prise à toute culpabilité et de me faire entièrement confiance.

10. Parce que le silence à fait son temps, en 2012 j'ai décidé de faire entendre ma voix sincèrement et sans violence.

11. Parce que je suis vernie, en 2012 j'ai fait toutes les bonnes rencontres aux bons moments.

12. Parce que je voulais jusqu'aux derniers jours de ma vie me souvenir de cette année avec des larmes de gratitude, j'ai fait en sorte de faire de chaque jour une fête, une manifestation magique, et une lettre d'amour à l'univers.

1 janvier 2012

La vie du corps


"La vie de quelqu'un, c'est la vie de son corps. Comme un corps en vie comprend l'attention, l'esprit et l'âme; vivre pleinement la vie de son corps consiste à être attentif, spirituel et expressif. Si l'un de ces aspects est déficient, c'est parce que l'on n'est pas totalement dans son corps. On traite son corps comme un instrument ou une machine. On sait que s'il tombe en panne on a des ennuis. Mais on pourrait dire la même chose de l'automobile, dont nous sommes si dépendants. Nous ne nous identifions pas à notre corps ; en fait nous l'avons trahi (...). Toutes nos difficultés personnelles naissent de cette trahison, et je crois que la plupart des problèmes sociaux ont une origine similaire.

(...) Si l'on ne respire pas profondément, on diminue la vie de son corps. Si l'on ne ressent pas totalement, on rétrécit la vie de son corps. Si l'on bride l'expression de soi, on limite la vie de son corps.

Il est vrai qu'on ne s'impose pas volontairement ces restrictions vitales. Elles s'élaborent en tant que moyens de survie dans un environnement familial et une culture qui renient les valeurs physiques au profit du pouvoir, du prestige et des possessions. Néanmoins, on accepte cette limitation de la vie parce qu'on ne la remet pas en question et, ce faisant, on trahit son corps. Il est également vrai que la plupart des gens restent inconscients des handicaps physiques sous lesquels ils peinent – handicaps qui leur sont devenus une seconde nature, une part de leur façon d'être dans le monde. Ils traversent en effet l'existence avec un budget limité d'énergie et de sensations.

Le but de la bioénergie consiste à aider l'individu à retrouver sa nature première, qui est une condition de liberté, un état de grâce, et possède un caractère de beauté. La liberté, la grâce et la beauté sont les attributs naturels de tout organisme animal. La liberté est l'absence de restrictions intérieures à la circulation des sensations, la grâce est l'expression en mouvement de ces courants, la beauté est la manifestation de l'harmonie intérieure qu'ils engendre. Elles dénotent un corps sain et donc un esprit également sain.

La nature première de tout être humain consiste à s'ouvrir à la vie et à l'amour. Dans notre culture, être sur nos gardes, cuirassé, méfiant et renfermé est une seconde nature. Ce sont les moyens qu'on adopte pour se protéger de la souffrance, mais lorsque ces attitudes deviennent caractérologiques ou se structurent dans la personnalité, elles constituent une blessure plus grave et créent une infirmité plus importante que celle dont on souffrait à l'origine. "

 
- Dr Alexander LOWEN
La Bio-Energie

31 décembre 2011

De la sensualité


 
" La sensualité, accord intime avec les qualités, ne se tient que dans son propre mouvement. De l'expérience sensorielle telle qu'elle a été éprouvée, on l'a vu, nous ne pouvons rien retenir, seulement constater les sédiments, les signes, qu'elle a laissés après son passage. Mais ces signes, dans l'écoute, dans l'écriture, les yeux fermés pour ne pas nous en laisser imposer par leur illusoire densité, leur arrogante insistance, nous pourrons en palper les contours, rôder sur leurs frontières. Éprouver, ce faisant, leur peau et l'envers de leur forme. En ce point où nous les effleurons, nous pouvons tout à la fois être eux et nous retirer d'eux, et dans la pulpe de nos doigts, dans le regret de notre adieu au moment de la séparation, dans l'évanouissement de cette brêve communauté de notre être et du leur, sur le fil de la coupure, connaître leur nostalgie et la nôtre, et tenter de lui donner forme à nouveau. Ecrire le mot, prononcer la parole, poser la touche de peinture qui, en cherchant à apaiser la douleur de la séparation fera revivre la présence, rouvrira - projet insensé si l'on y songe, mais réalité des songes - l'espace d'un instant. " 
 
- François Gantheret, La Nostalgie du présent

Souvent vie varie, bien fol qui s'y fie

"Sa volonté, comme le voile de son chapeau retenu par un cordon, palpite à tous les vents, il y a toujours quelque désir qui entraîne, quelque convenance qui retient."
-Gustave Flaubert, Madame Bovary *




Je viens de changer d'âge, nous sommes sur le point de changer d'année et je suis en train de changer d'appartement. J'entre dans ma dernière année avant la trentaine, 2012 a un fumet de fin du monde et j'ai peur de dormir chez moi.

Autour de moi, beaucoup de gens vivent des changements aussi, certains dans la souplesse et l'émerveillement, d'autres sans s'y faire. Ma belle-sœur se love dans les charmes de la rive gauche, là où ma camarade de blog, donc la situation est matériellement plus instable, se cogne à tout ce que Paris peut avoir de cruel. Certains à bientôt trente ans font de grands pas sur la voie. D'autres font des choix courageux et ont le sentiment de ne pas avancer assez vite. D'autres avancent, reculent. D'autres préparent leur quatrième enfant. D'autres ont si peu changé.

Et moi…
Petite branche frêle dans le vent, qui ne sait pas si l'aide des autres la renforce ou l'amoindrit, qui ne sait pas s'il faut se laisser emporter par la bourrasque ou continuer à pousser, et comment, pourquoi.

Âme mal nourrie par la matérialité quotidienne, corps tourmenté par les questions, intelligence qui rouille.


 
* Merci à Alice pour cet extrait

30 décembre 2011

Joies du jeudi #47


* Découvrir au retour d'une journée de travail mon nouvel appartement transfiguré par un mur d'étagères montées par mon compagnon. Je n'ai emporté qu'une partie de mes livres, je pense qu'ils y seront bien.

* Commencer la lecture du second tome de Quai d'Orsay, que je trouve encore plus génial que le premier. Chaque page, chaque case presque est une nouvelle source d'enthousiasme.

* Passer du temps avec mes deux plus vieilles amies, qui vivent désormais en province et que je ne vois plus assez souvent, mais qui me conservent une fidélité bénie. Me couler avec une délectation paresseuse dans la tranquillité versaillaise. Déjeuner chez ma cousine. Fêter Noël en famille, m'y trouver si bien. Les trois derniers jours des vacances ont été parfaits de calme et de passivité. Dans cette période de trouble, où au sens propre comme figuré je ne sais plus où j'habite, retrouver tout cet immuable m'a fait un bien fou. J'ai eu le sentiment de respirer à nouveau, comme si je pouvais enfin arrêter de nager, reprendre mon souffle et me laisser flotter.


* Porter de nouvelles boucles d'oreilles made in Vietnam.

* Voir un peu de statuaire grecque au Louvre.

* Partager mon premier dîner au 92 rue de Clignancourt.

* Être habitée après une répétition par la poésie de Saint-John Perse

… Étroits sont les vaisseaux, étroite notre couche.
Immense l’étendue des eaux, plus vaste notre empire
Aux chambres closes du désir.


* Retrouver la santé comme on se réveille d'un vilain rêve.

* Me laisser hypnotiser par les élucubrations électro de 2manydjs à la grande halle de la Villette.

* M'offrir une tranche de rire au concert des 25 ans de Chanson + Bifluorée.

* Dîner avec mon ami JPM et en apprendre de belles sur la vie à Paris au XIXème siècle. Saviez-vous que les Buttes Chaumont, qui font aujourd'hui le ravissement des bobos pique-niqueurs, on été bâties sur un gros tas d'étrons humains ? 

10 novembre 2011

Out of Neverland


" Tous les enfants, sauf un, grandissent. "
- JM Barrie

Enfant, j'ai beaucoup lu ; j'ai pris l'habitude d'étendre ma vie présente par toutes ces vies parallèles qui m'étaient données dans les romans. A travers ces personnages de papier, j'étais adulte déjà. Entre mon existence concrète et quotidienne et toutes les vies additionnelles offertes par la littérature ou le cinéma, les niveaux de réalité étaient brouillés. 

 
Quelque chose m'est resté de cette époque sans doute : la croyance confuse que la vie d'adulte reste à venir, ou qu'elle s'attrape dans les livres. Je travaille de toutes mes forces à accepter l'idée que le moment est venu de prendre ma vie à bras-le-corps, et qu'aucun narrateur ne sera là pour l'écrire, aucun, sinon moi.

Je pense à ce film curieux et très drôle, Des nouvelles du Bon Dieu, où des égarés aux noms de héros littéraires cherchent à rencontrer leur auteur, pour qu'il retouche le piteux cours de leur vie…

Le moment est venu de vivre ma vie ...et de peut-être écrire celles des autres, celles que le temps qui m'est alloué et le hasard divin ne m'autoriseront pas à expérimenter dans ma chair.
 


Rêver est une activité d'enfant ; vivre ses rêves est une activité d'adulte, car elle passe inévitablement par le fait d'assumer la pleine responsabilité de sa vie, c'est-à-dire de ce qui a pu nous arriver par le passé comme de ce qui pourra nous arriver à l'avenir…et du présent.

9 novembre 2011

Whatever

“Whatever the present moment contains, accept it as if you had chosen it.” 
~Eckhart Tolle

Hamlet dit que rien en soi n'est bon ni mauvais, c'est la pensée qui donne aux choses leur valeur et leur polarité.
Quoi qu'il arrive, ce sera bien.
Il n'y a pas de mauvaises herbes.

8 novembre 2011

(petit) livre des changements


A quoi reconnaît-on que l'on change ?  
Ce peut être quand certains comportements qui nous étaient habituels causent un écoeurement parfois diffus, parfois net.
 
Premier exemple :
Je ne supporte plus de me voir réagir au quart de tour à une remarque blessante, ou tout autre comportement ressenti comme une agression. Dans la majorité des cas, je suis frappée (et freinée) par le fait que l'autre n'avait pas réellement la volonté de me blesser, mais qu'il exprimait un manque ou une souffrance de son côté.
Si malgré tout je laisse échapper une réaction épidermique, je me sens gênée non pas parce que c'est "mal", mais parce que c'est inutile. Répondre par un message désagréable à un message désagréable est une dépense d'énergie d'autant plus vaine qu'elle ne défoule même pas vraiment sur le moment. Inversement, une écoute attentive aux besoins de l'autre comme aux siens peut apaiser miraculeusement.




Deuxième exemple :
L'autre soir, je suis passée dans la maison de mes parents, où j'ai entreposé la majeure partie de mes affaires en attendant de pouvoir emménager. Des meubles, des cartons, des sacs… sans lesquels j'ai très bien vécu depuis deux mois. Il n'y a dans le tas qu'une ou deux choses qui m'ont manqué, paradoxalement les plus futiles : des éléments de déguisements - à moins que ce soit précisément ce que je possède de plus sérieux et essentiel… Surtout, j'ai été prise face à cet entassement d'une impérieuse envie de fuir, ou de me débarrasser de ce fatras pour m'en tenir au volume de possessions avec lequel j'ai estimé que je pouvais vivre de manière "temporaire". C'est déjà beaucoup en fait, et largement suffisant pour s'installer dans ce "temporaire". Autant dire que je sais désormais avec certitude que je peux me sentir chez moi et à mon aise sans être dans l'accumulation.


Troisième exemple :
A mon dernier passage gare St Lazare, je suis tombée dans un piège qui m'aspire avec une belle régularité depuis dix ans que j'ai de l'argent à dépenser : acheter plus ou moins compulsivement des objets censément "utiles" (en l'occurrence, des collants) et censément "soldés" sur un stand temporaire en pleine gare. La somme n'était pas importante, mais je crois que j'ai envie de jouer le jeu de ne pas me procurer de nouvel objet dont j'ai déjà suffisamment d'exemplaires à ma disposition. J'ai été dégoûtée d'avoir triché à mes propres règles, comme si je m'étais flouée d'un plaisir attendu. Étonnant, non ?


7 novembre 2011

Ce dont on ne peut parler, il faut le taire

"Lorsqu'on commence à parler du Tao, ce n'est déjà plus le Tao."   
- Pierre Mayol


  "A partir du moment où on essaye d'analyser ou d'expliquer une chose,
on perd l'essence même de la chose.
Et la vie elle-même est au-delà de toute définition,
il suffit simplement de l'éprouver et de la vivre." 

- Jacques Mayol (plongeur en apnée, "l'homme-dauphin")

6 novembre 2011

Clémence

Il y a tant de choses que j'ai envie de faire mieux, ou plus souvent, jusqu'à parvenir à un sentiment d'accomplissement. Chanter, dessiner, écrire, danser, ce qui m'est essentiel mais que je tends à oublier (comme un joueur peut oublier de se nourrir quand il est pris par son jeu). Recevoir, aider, être plus proche de mes proches, une meilleure prochaine pour mon prochain, aller à la rencontre de l'inconnu, élargir mon cercle d'amis sans perdre personne de vue. Être attentive au bien-être de mon corps, de ma tête et à mon équilibre émotionnel. Apprendre, découvrir, me souvenir. Gagner en profondeur et en surface. Lire, aller à des concerts, me nourrir de beauté, marcher en forêt, ramasser des châtaignes, connaître le nom des arbres et des champignons.
Tant de choses que j'aime, sans compter celles que je n'aime pas encore mais qui pourraient aussi m'aspirer…
Face à toutes ces envies, je tends à ressentir surtout la frustration de ne pouvoir tout vivre et tout faire, et à me sentir terriblement limitée, handicapée par ma tendance à la dispersion. 

Ce matin, dans la clémence d'une délicieuse lumière d'automne, dorée, généreuse, j'ai découvert que je pouvais aussi m'accorder ce luxe : me réjouir et me féliciter de ce que je fais, et des progrès déjà accomplis.
Après des années de découvert et d'encombrement, je me vois enfin parvenir à l'équilibre et à plus de simplicité.
Je fais tous les jours des choses que j'aime, je passe de plus en plus de temps avec des gens qui me font réellement du bien.


J'apprends à cuisiner de bonnes choses.
Tous les jours, j'apprends sans forcément m'en rendre compte. Un jour, je m'apercevrai du chemin parcouru : rien de sert de courir, mais il faut continuer à avancer.

11 septembre 2011

Croître et embellir


" Sortir de son monde, ou de son Moi habituel, est une expérience transcendentale. Cela arrive à la plupart des gens et dure plus ou moins longtemps. Ces expériences ont en commun une impression de détente, une sensation de libération et la découverte d'un Soi pleinement vivant, qui réagit de façon spontanée. Mais de telles transformations sont le fait du hasard et on ne peut ni les prévoir ni les programmer. Malheureusement, elles cessent souvent aussi soudainement qu'elles avaient commencé ; le carrosse étincelant redevient citrouille en une nuit. On reste abasourdi : quelle est la vraie réalité de l'être ? Pourquoi ne peut-on pas rester dans cet état de liberté ?
(...) Si l'on recherche la transcendance, on peut avoir de nombreuses visions, mais on s'arrêtera certainement là où l'on a commencé. Si l'on opte pour la croissance, on peut avoir quelques instants de transcendance, mais ce seront des sommets sur la route régulière menant à un Moi plus riche et plus solide.
La vie elle-même est un processus de croissance, qui commence par la croissance du corps et des organes, passe par l'établissement de la dextérité motrice, l'acquisition du savoir, l'augmentation des connexions, et finit par une sommation de l'expérience qu'on appelle sagesse. Ces divers aspects de la croissance se recouvrent, puisque la vie et la croissance s'insèrent dans un environnement naturel, culturel et social. Bien que la croissance soit un processus continu, celui-ci n'est jamais uniforme. Il y a des périodes de ralentissement, pendant l'assimilation de l'expérience, qui préparent l'organisme à une nouvelle ascension. Chaque ascension conduit à un nouveau sommet et crée ce que nous appellerons une expérience culminante. Chaque expérience culminante doit à son tour s'intégrer à la personnalité pour qu'une nouvelle croissance puisse avoir lieu et que l'on finisse par atteindre la sagesse. J'ai signalé un jour à Reich que je connaissais la définition du bonheur. Il haussa les sourcils, me regarda d'un air railleur et me demanda ce que c'était. Je répondis : Le bonheur c'est la conscience de croître. Ses sourcils retombèrent, tandis qu'il commentait : Pas mauvais.


Si ma définition a quelque validité, cela suggère que la plupart des gens entreprennent une thérapie parce qu'ils sentent que leur croissance s'est arrêtée. Assurément de nombreux patients comptent sur la thérapie pour faire redémarrer le processus de croissance. La thérapie en est capable si elle procure de nouvelles expériences et aide à écarter ou à amoindrir les blocages ou les obstacles qui empêchent d'assimiler l'expérience. Ces blocages sont des schémas de comportement structurés qui témoignent d'une résolution peu satisfaisante, compromis avec les conflits infantiles. "

Dr Alexander LOWEN
La Bio-Energie

7 septembre 2011

De une à deux

Je me souviens d'une question d'oral d'école de commerce il y a bientôt dix ans (pour une de ces épreuves de débat où il faut argumenter sur à peu près n'importe quoi) formulée ainsi : Vaut-il mieux un petit chez soi ou un grand chez les autres ? A l'époque, j'étais farouchement attachée au fait d'avoir un "petit chez moi" qui soit un espace entièrement privé, dont j'aie seule le contrôle. Mon image du "grand chez les autres", c'était la maison familiale, certes très vaste mais dépourvue d'endroit qui puisse être pour moi un lieu de repli ou de secret. Les portes fermaient mal ou pas du tout, le son voyageait facilement entre les étages, les meubles étaient de famille - mon véritable espace privé, c'était les carnets où j'écrivais. La conquête d'une porte dont je puisse seule avoir la clé fut pour moi vécue comme celle d'une vie que je puisse mener sans que quiconque y ait droit de regard. - C'est étonnant d'ailleurs de voir comme, aujourd'hui encore, je garde un égal amour pour les lieux de secret et les lieux d'exposition, comme la scène : cet endroit magique où l'on est à la fois vu et pardonné. Comme le monde des chrétiens en somme : Dieu y sonde les reins et les cœurs, mais son fils a tout racheté…

Autant dire que je ne partageais pas la vision de mon compagnon de l'époque qui, ayant longtemps été hébergé par des amis, adhérait tout à fait au partage collectiviste d'un "grand chez les autres".

Pendant toute ma vie d'étudiante et de jeune active comme ils disent, j'ai fui les possibilités de colocation en dépit des loyers parisiens prohibitifs. J'ai jubilé de pouvoir, aux moments que je choisissais, ouvrir ma porte à qui je voulais.

Mais rien n'est éternel, et depuis que j'ai laissé souffler sur mon paysage le wind of change, je suis pour ainsi dire prête à tout, et surtout à l'inédit. Je découvre donc à bientôt trente ans ce que la plupart de mes proches ont pu expérimenter bien avant : les joies exotiques de partager un appartement. Et là je me rends compte que, prise que j'étais par les préparatifs du déménagement, je n'avais pas du tout anticipé le changement de paradigme complet que cela pouvait signifier pour moi. Raisonner non plus pour une, mais pour deux. Agencer un espace d'une manière qui puisse convenir à deux intelligences fonctionnant selon des mécanismes très dissemblables (en gros : un cerveau gauche / un cerveau droit). Découvrir d'un même coup les mille petites habitudes de l'autre (auxquelles on fait beaucoup moins attention quand on ne vit pas réellement ensemble au quotidien), et les miennes propres, par contraste. Ce dernier point est presque le plus troublant. Par quels étranges détails viennent se dessiner les frontières de notre zone de confort - la place des choses, le temps des rituels quotidiens. Cela fait pile dix ans que je vivais avec moi-même, il était temps d'essayer autre chose.

Le titre de ce billet est un clin d’œil destiné à l'excellent Marc Bonheur, qui en sait un bout sur ce que s'apprivoiser à l'autre veut dire. Mesdemoiselles, je vous invite vivement à découvrir son site.

3 août 2011

Minimal compact

On dit des déménagements qu'ils sont souvent vécus comme des sources de stress violent, si ce n'est des événements traumatiques, dans la même catégorie qu'un licenciement, un divorce ou même un deuil. Et pourtant, contrairement à ces derniers aléas, un déménagement est généralement choisi, et il accompagne souvent une progression. J'en ai peu vécu pour ma part, surtout si je compare mon existence très sédentaire de ces dernières années à celle d'amis beaucoup plus nomades, à commencer par ma co-bloggeuse préférée.

Mon "vrai" premier déménagement, c'est celui que je suis en train de préparer à présent, puisqu'il s'agit de quitter mon premier "vrai" appartement - le premier dans lequel j'aie mis des meubles auxquels je tenais, et auquel je me sois réellement identifiée. Car oui, on peut s'identifier aux objets et aux lieux, et avoir l'impression de livrer une vérité sur soi-même quand on dit "j'habite dans le 9ème" ou qu'on accroche un ikat sur son mur.

C'est peut-être pour cela que le fait de mettre toutes ses petites affaires dans des cartons est une opération aussi troublante. On fait l'inventaire. Je n'ai pas attendu cette occasion pour découvrir que l'encombrement matériel était un de mes problèmes de fond (et de forme), mais la tentation est très vive de m'installer dans quelques mois dans un appartement refait à neuf avec un bagage très réduit par rapport au volume d'objets qui occupe mon nid actuel. A chaque objet que je mets en boite, se pose la question de ce qui l'a amené dans ma vie, de la place qu'il y occupe et du sort que je peux vouloir lui réserver.

La relation que j'entretiens avec eux est paradoxale. D'un côté, je me suis toujours trouvée à peu près incapable de créer une décoration minimaliste ; pour me sentir chez moi, j'ai tendance à marquer, accumuler, exposer, surdécorer. Et à l'inverse, je ne me sens jamais aussi bien que quand mes possessions se trouvent résumées à une valise et son contenu. Il m'est apparu ce matin que le besoin d'accumuler, qui fut très fort dans les premières années de ma vie d'adulte, ressortait du besoin de signaler matériellement mon existence. Chez mes parents, dont la maison déborde d'objets de famille et de souvenirs de voyage, je me suis bâti des murailles de livres. Ce sont leurs tranches familières qui me disent que je suis chez moi, et que je mène une existence distincte, bien réelle. A côté de la platine de mon enfance, j'ai amassé des disques qui, dans cet univers qui est celui des miens sans être le mien, viennent matérialiser mon monde personnel.

Il me semble aujourd'hui que je n'ai plus besoin d'en passer par là pour me prouver à moi-même que j'existe bien. Au contraire, mon essence la plus réelle, ce qui existe le mieux, c'est ce que je peux emporter partout avec moi sans avoir à l'envelopper dans du papier-bulle et du carton. Ma conscience du monde suffit à me faire être sans que j'aie à m'épaissir d'objets.

1 août 2011

Leur coeur était ouvert aux pluies

"Devant la mort nous serons comme à notre naissance, radicalement privés de toute puissance. C'est à cette faiblesse en nous que l'amour devrait s'adresser pour ne jamais se perdre."

"La sainteté n'est rien de ce qu'on imagine. J'ai rencontré aujourd'hui une troupe de primevères bavardant à l'air libre et faisant de leurs bavardages une prière qui montait droit au ciel. Leur cœur était ouvert aux pluies, aux sécheresses et même à l'arrachement. Ne pas choisir dans ce qui vient était leur manière impeccable d'être saintes. (...)

La vie s'attriste de ne pouvoir nous atteindre que rarement."

"Ce n'est pas sa beauté, sa force et son esprit que j'aime chez une personne, mais l'intelligence du lien qu'elle a su nouer avec la vie."

"Le diable sans aucun doute aime ce qui est fluide, rapide et lisse. Il raffole de l'électronique et de ce qui peut nous rendre la vie plus facile jusqu'à nous faire oublier de la vivre. S'il y a un enfer, et il y en a un, et nous y sommes, il nous y aura menés gentiment, par légères poussées, sans aucun drame. Escamoter le réel, c'est son charme. (...) L'argent permet à ceux qui le possèdent d'ignorer la rudesse de la matière, et le diable, on ne le sait pas assez, déteste la matière autant qu'il déteste Dieu : l'angélisme est sa vraie nature."

- Christian Bobin, Ressusciter

21 juillet 2011

Joies du jeudi #46

Pourquoi ne pas revenir à ce petit exercice de gratitude et d'enthousiasme ?

Voyons ce que m'ont apporté les 7 deniers jours :

* Manger du steak tartare à la coriandre, de la betterave crue, du thon à la plancha et autres réjouissantes fraîcheurs.

* Me lover dans le soleil de l'après-midi.

* Jouir de la temporalité reconquise des vacances. Quel luxe merveilleux que de pouvoir vivre chaque action, chaque séquence de la journée jusqu'au bout, sans avoir à interrompre son élan pour passer à autre chose. Je veux parvenir à retrouver cette même temporalité en dehors des vacances et jours fériés. C'est incomparable en termes d'intensité vécue. Faisant une avec l'action, cette dernière me transforme et m'enrichit.Lien

* Jouer à Kahuna et Coloretto. Dénicher Schotten-totten et The Big Idea à la boutique du Ludomancien. Découvrir la tranquille simplicité de la vie de quartier à Montreuil. Un quartier, ça devrait toujours être aussi évident : un endroit où, quand on gratte une vitrine, les voisins qui passent vous apportent du white-spirit, vous souhaitent bon courage ou vous demandent de l'aide pour enlever la colle qui est restée sur leurs doigts.

* Revoir de vieux amis de passage. Essayer différentes combinaisons sirop Monin / vodka / Perrier. Mention spéciale pour la cerise et la poire + citron vert frais.

* Découvrir l'oracle Belline avec une amie cartomancienne de grand talent. Je suis très sensible à la beauté des symboles, et je vis toujours la divination comme un renforcement de l'amor fati. Si l'expérience vous intéresse : tirage.belline@gmail.com


* Faire une pizza de A à Z.

* Avoir droit à une séance de coaching au pied levé par Marc Bonheur. Recevoir des coups de fil inopinés d'amis que je n'ai pas vus depuis des mois, et rêver avec eux de cyclotourisme le long d'un canal breton, de ramassage des châtaignes l'automne venu et de balades en forêt.

* Revoir mon chef. Avoir un bon chef, c'est une vraie chance.

* Avancer vers la solution de mes préoccupations concrètes. Faire, nettoyer, calculer, choisir, résoudre.

* Avoir un coup de foudre olfactif pour Musc Kublai Khan de Serge Lutens.

* Donner le coup d'envoi à un projet de spectacle collaboratif entre la Compagnie de l'Arme Blanche et Fihn Razhel. Apprécier les voix claires, sombres, pimentées. Lire des poèmes de Pavese.

Sur une route de campagne

"Il n'y a rien de caché, tout est là sous nos yeux, la vie passée, la vie présente et la vie future, comme trois petites filles échangeant en riant des confidences sur une route de campagne."

"J'ai toujours l'espérance de grandes choses. J'ignore en quoi elles consistent et je les attends sans impatience. Il est même possible qu'elles soient déjà venues sans que je m'en sois rendu compte. Mon âme est comme un chien en arrêt devant un buisson, aux aguets d'un gibier proche et invisible. Bien sûr je n'attrape jamais rien, aucune proie, juste, et c'est suffisant, la certitude éblouie d'avoir entrevu une chose plus grande que ma vie et pourtant accordée à elle, une lumière si pure qu'elle en est presque cruelle."

- Christian Bobin, Ressusciter

20 juillet 2011

Je n'ai pas peur de la route

"On ne peut pas se permettre de traverser l'existence avec l'impression qu'elle nous brisera si on ne fait pas attention, car c'est sûrement ce qui se passera alors."

- Dr Alexander Lowen -

"Avance sur ta route, car elle n'existe que par ta marche."

- Saint Augustin -

18 juillet 2011

Je décide

Récemment, je me suis sentie de plus en plus gênée à chaque fois que je commençais une phrase par les mots : "Il faudrait que je…". Je sentais bien que ces mot-là me venaient plus par habitude mentale que parce qu'ils étaient réellement choisis et pondérés. En les prononçant, je ressentais donc la même gêne que quand je me surprends à des facilités langagières (expressions contagieuses, style relâché et gimmicks sans intérêt), ou quand j'entends, dans la bouche de gens que je connais bien, des opinions dont je peux tracer la provenance, et dont je sais par conséquent qu'elles ne sont pas réellement pensées mais simplement héritées. Dans ces deux cas je ressens de la gêne, car dans le premier j'ai l'impression d'être un pantin (ou contaminée par une sorte de virus qui ronge la pensée), et dans le second, je n'ai pas l'impression que l'autre me fasse la grâce d'être réellement présent devant moi, mais qu'il a dépêché pour s'adresser à moi une sorte d'hologramme ou de répondeur automatique.
Quand je disais "Il faudrait que je…", en sus de cette gêne, je ressentais autre chose : un vague sentiment d'échec, d'écrasement, de découragement. Tout le contraire d'une prise-de-puissance (je cherche une traduction au mot anglais empowerment).

Plutôt que "il faudrait que je…", dire : "je décide de…", "je choisis de….", "j'ai envie de…", "je vais…!" - et déjà je me sens plus solide sur mes pieds.
Plutôt que "oui, mais…", dire : "oui, et", ou "non, parce que", ou "attends, il faut que j'y réfléchisse". *


" Words filter into our subconscious & tell stories about ourselves. For example, there are some words that absolutely are not helpful to us. The word "try" indicates that we are not really in control. If we say we will try to be on time, we will try to do a good job, etc., it's all very wishy-washy. "Try" doesn't really mean anything. Maybe we'll succeed, maybe we won't. We could take the word out entirely & our lives would have much more purpose -- i.e. "I will be on time" or "I will do a good job". Doesn't that feel better, & more decisive? As well as making us feel more powerful & in control of our own destiny, it also gives our mind a strong message, which is one of success. Another word which falls into this category is "can't". The word "can't" indicates that there is something in the way over which we have absolutely no sway. Why not replace it with "won't"? It is more honest! Instead of saying, "I can't clean the house", why not just say, "I won't clean the house"?! "

- Gala Darling, Love & Sequins #5

* Merci à Marc Bonheur qui m'a inspiré ce billet

Revenir à ce qui est

"Nous voilà face à une voie concrète qui va produire des fruits peu à peu, parce qu'on peut s'exercer, s'entraîner, mettre un pied devant l'autre et avancer. Cette voie consiste à revenir à la vérité de l'instant, à juste ce qui est, que ça me convienne ou non.

L'existence, le monde ne tient pas compte de cette demande personnelle, de cette nostalgie qui réclame que la réalité me plaise toujours : si le monde était vraiment bien fait, il répondrait toujours à mon attente du moment. (...) Or, ce n'est pas ainsi que cela se passe. (...) C'est là qu'une pratique devient possible, très concrète et susceptible de vous faire vraiment progresser, une pratique que le moi séparé ne peut pas récupérer, qui efface ce moi dans l'instant. C'est tout simplement l'application de la formule : Pas ce qui devrait être mais ce qui est (...). Il s'agit de ce qui est là tout de suite, en moi et en dehors de moi. Et rien d'autre."

"C'est en refusant non seulement le fait, mais aussi l'état pénible qui en résulte que vous avez vécu jusqu'ici à peu près toutes vos émotions : dans le refus. Nous souffrons de souffrir et il y a là une deuxième réaction, une réaction au second degré, une deuxième dualité qui s'exprime par : je ne suis pas d'accord pour être malheureux. (...) La vérité proclame je suis ce que je suis – au niveau changeant comme au niveau ultime. (...) Puisque c'est, je ne refuse plus, je fais l'expérience de ce vécu intime quel qu'il soit, aussi douloureux qu'il m'apparaisse au premier abord. (...) Je m'incline – et j'agis. Avec ce que j'ai d'intelligence, ce que j'ai d'énergie, ce que j'ai de moyens financiers, je réponds à la demande de la situation, j'agis sur la base de la détente, du oui à ce qui est, de la non-dualité."


"Demandez-vous simplement : les choses étant ce qu'elles sont (et je ne discute pas l'indiscutable) quelle est la demande de la situation elle-même, donc la réponse que justifie la situation – et non : qu'est-ce qui me convient à moi dans mon humeur du moment ?"

- Arnaud Desjardins

13 juillet 2011

Profondeur et surface

Je n'aime pas du tout faire le bilan. Je n'aime pas cela pour la même raison qui fait que j'aime fêter mon anniversaire avec une plus grosse fête chaque année, et que j'aime faire des listes de résolutions : je veux qu'à l'écoulement de temps corresponde un progrès ou une croissance. L'idée de progrès déshonore l'intellect écrivait Cioran, et à l'échelle civilisationnelle je suis d'accord… Mais à titre individuel (mettez cela sur le compte de l'élan archer du sagittaire, ou le besoin de mouvement du vata) mon besoin de progression est si fort que toute stagnation est ressentie comme une régression et me pousse assez rapidement à la déprime.

C'est là que, de par mon tempérament butineur, je me heurte rapidement à un écueil : me dispersant, j'avance à pas de souris et j'ai au final le sentiment de ne jamais accomplir grand-chose.


A vrai dire, j'envie ceux de mes amis qui ont un instinct de spécialiste, ou du moins prennent plaisir à se concentrer sur un thème, chercher à en avoir une connaissance exhaustive et progresser, non pas en surface couverte (on revient à la question des frontières) mais en profondeur. Quel est leur truc ? Comment acquiert-on la patience qui fait devenir expert ?

12 juillet 2011

Du nouveau

Et si chaque jour qui passe était un jour perdu si je n'y ai pas essayé quelque chose de nouveau ?

Si je vois mes actes comme des engagements lourds, des décisions pesant durablement sur l'orientation de ma vie à venir, je me sens soit paralysée soit enfermée. Je ne suis agile, créative et capable d'un peu d'audace, que si je maintiens pur le sens du jeu. En dansant, chantant, jouant, je peux tout tenter. Je peux franchir des caps pour la déconne. Et pourquoi pas ?

On se connait trop mal pour pouvoir prédire comment on se sentira dans telle ou telle situation.
De l'intérêt de se mettre dans toute une variété de situations, moyen d'explorer le monde et soi.

Et si chaque jour qui passe je faisais le vœu d'essayer quelque chose de nouveau ?

11 juillet 2011

Assouplir ses frontières

Plusieurs fois par le passé j'ai dit de moi "je ne suis pas quelqu'un qui….", "je ne ferai jamais ceci…", et la vie m'a apporté des démentis : j'ai travaillé dans une banque, j'ai cherché à acheter un appartement, je me suis vouée à des amours tranquilles… Je découvre aujourd'hui en y repensant que ces démentis sont toujours allés dans le même sens : à ma conception un peu folle (ou libre) de moi-même, mes choix en ont opposé une autre, plus "bourgeoise", en tout cas plus à la recherche de stabilité.

Au cours de ma vie, j'ai endossé plusieurs mythes personnels. Des plus sombres (mal-aimée, heautontimorumenos, princesse d'Aquitaine à la tour abolie) j'ai délaissé les oripeaux pour m'imaginer plutôt femme qui court avec les loups, ou calme habitante d'un monde réconcilié. Comme des rivières nous changeons, et chaque jour qui passe nous coulons d'une nouvelle eau. Je préfère de loin ma nouvelle conception de moi-même, qui ne m'oblige pas à me contorsionner pour faire semblant de ne pas aimer la vie, et qui ne m'abonne pas à la souffrance.

Mais entre la vie du loup et celle du chien j'hésite encore ; je me débats avec mes espérances, avec l'opinion que je voudrais conserver de moi-même (une femme libre, un peu gipsy sur les bords) et l'évidence de mon embourgeoisement.


Jusqu'à présent j'ai toujours accepté avec bonhommie les démentis et les mues. Je trouve rafraîchissant de me dire que les frontières de notre être sont toujours à réinventer. J'aimerais savoir les assouplir, les pousser pour permettre à l'enfant que je fus de courir vite et de sauter haut. J'aimerais me débarrasser de l'idée collante que "je ne suis pas quelqu'un qui prend des risques". Chaque jour qui passe, me délier un peu plus des croyances limitantes qui ont ralenti mon pas et ont multiplié mes hésitations. Ce qui ne veut pas dire nécessairement diluer mon identité ou tomber dans l'illusion enfantine - si attirante pour qui a le goût de la magie - que tout est possible.
Et, pourquoi pas ? Devenir assez vaste pour embrasser mes contradictions sans en souffrir. Être à la fois la fille de mes parents, capable de prendre une décision patrimoniale, et créatrice de moi-même, articulant en action le vœu de mon âme.

10 juillet 2011

Bliss and no less

"To know is to be, connaître c'est être, être et pas avoir l'expérience de quoi que ce soit; la seule ascèse qui ne puisse pas être récupérée par l'ego à son profit, c'est, instant après instant, la communion (être un avec, un et non pas deux) avec ce qui est et avec ce que je suis au niveau changeant et dépendant de moi-même : ici, maintenant, à la surface de moi-même comme dans la profondeur, je suis ce que je suis - en excluant radicalement ce que je préfèrerais être, pure irréalité, pure création du mental.
La conversion d'un premier mouvement de refus en acceptation de l'indiscutable réalité ou vérité de l'instant représente toujours l'effacement momentané de l’égocentrisme."


"A l'arrière-plan de toute notre existence et, malgré les démentis qu'elle nous impose, il y a au fond de chacun de nous cette position : si le monde était vraiment bien fait, il répondrait toujours à mon attente du moment."

"La frustration, la tension due au désir ressenti comme un manque à combler vous a exilés de votre vraie nature qui est complètement heureuse : sat chit ananda, l'être, la conscience, l'état de bonheur parfait, qu'on traduit par béatitude ou bliss en anglais."


"Si vous voulez le silence, intéressez-vous aux bruits. Qu'est-ce que ce bruit ? c'est un robinet qui est mal fermé. Cherchez et faites taire ce bruit-là."

6 juillet 2011

La tension de croître

" Se rendre compte de la réalité de sa condition et ressentir je ne peux pas continuer comme cela est une attitude positive et libératrice qui n'a rien à voir avec les différentes formes de culpabilité, de honte ou même de haine de soi qui accentuent encore notre division intérieure : il s'agit d'une prise de conscience qui nous unifie autour de la nécessité impérieuse de progresser. "

- A.Desjardins

3 juillet 2011

IN TIME OF DAFFODILS


In time of daffodils (who know
The goal of living is to grow)
Forgetting why, remember how

In time of lilacs who proclaim
The aim of waking is to dream,
Remember so (forgetting seem)

In time of roses (who amaze
Our now and here with paradise)
Forgetting if, remember yes

In time of all sweet things beyond
Whatever mind may comprehend,
Remember seek (forgetting find)

And in a mystery to be
(when time from time shall set us free)
Forgetting me, remember me.

- e.e.Cummings

2 juillet 2011

Pleine conscience


"Connaissez d'abord finement votre non-libération, votre servitude, votre mécanicité, votre statut de marionnette."
" L'attention, la vigilance, la pleine conscience, la conscience témoin, en anglais mindfulness, awareness, cette série de termes indique la même attitude qui consiste à voir ce qui jusque là vous échappait plus ou moins complètement, comme une lampe qui s'allume et qui éclaire."

- A. Desjardins