21 juillet 2011

Joies du jeudi #46

Pourquoi ne pas revenir à ce petit exercice de gratitude et d'enthousiasme ?

Voyons ce que m'ont apporté les 7 deniers jours :

* Manger du steak tartare à la coriandre, de la betterave crue, du thon à la plancha et autres réjouissantes fraîcheurs.

* Me lover dans le soleil de l'après-midi.

* Jouir de la temporalité reconquise des vacances. Quel luxe merveilleux que de pouvoir vivre chaque action, chaque séquence de la journée jusqu'au bout, sans avoir à interrompre son élan pour passer à autre chose. Je veux parvenir à retrouver cette même temporalité en dehors des vacances et jours fériés. C'est incomparable en termes d'intensité vécue. Faisant une avec l'action, cette dernière me transforme et m'enrichit.Lien

* Jouer à Kahuna et Coloretto. Dénicher Schotten-totten et The Big Idea à la boutique du Ludomancien. Découvrir la tranquille simplicité de la vie de quartier à Montreuil. Un quartier, ça devrait toujours être aussi évident : un endroit où, quand on gratte une vitrine, les voisins qui passent vous apportent du white-spirit, vous souhaitent bon courage ou vous demandent de l'aide pour enlever la colle qui est restée sur leurs doigts.

* Revoir de vieux amis de passage. Essayer différentes combinaisons sirop Monin / vodka / Perrier. Mention spéciale pour la cerise et la poire + citron vert frais.

* Découvrir l'oracle Belline avec une amie cartomancienne de grand talent. Je suis très sensible à la beauté des symboles, et je vis toujours la divination comme un renforcement de l'amor fati. Si l'expérience vous intéresse : tirage.belline@gmail.com


* Faire une pizza de A à Z.

* Avoir droit à une séance de coaching au pied levé par Marc Bonheur. Recevoir des coups de fil inopinés d'amis que je n'ai pas vus depuis des mois, et rêver avec eux de cyclotourisme le long d'un canal breton, de ramassage des châtaignes l'automne venu et de balades en forêt.

* Revoir mon chef. Avoir un bon chef, c'est une vraie chance.

* Avancer vers la solution de mes préoccupations concrètes. Faire, nettoyer, calculer, choisir, résoudre.

* Avoir un coup de foudre olfactif pour Musc Kublai Khan de Serge Lutens.

* Donner le coup d'envoi à un projet de spectacle collaboratif entre la Compagnie de l'Arme Blanche et Fihn Razhel. Apprécier les voix claires, sombres, pimentées. Lire des poèmes de Pavese.

Sur une route de campagne

"Il n'y a rien de caché, tout est là sous nos yeux, la vie passée, la vie présente et la vie future, comme trois petites filles échangeant en riant des confidences sur une route de campagne."

"J'ai toujours l'espérance de grandes choses. J'ignore en quoi elles consistent et je les attends sans impatience. Il est même possible qu'elles soient déjà venues sans que je m'en sois rendu compte. Mon âme est comme un chien en arrêt devant un buisson, aux aguets d'un gibier proche et invisible. Bien sûr je n'attrape jamais rien, aucune proie, juste, et c'est suffisant, la certitude éblouie d'avoir entrevu une chose plus grande que ma vie et pourtant accordée à elle, une lumière si pure qu'elle en est presque cruelle."

- Christian Bobin, Ressusciter

20 juillet 2011

Je n'ai pas peur de la route

"On ne peut pas se permettre de traverser l'existence avec l'impression qu'elle nous brisera si on ne fait pas attention, car c'est sûrement ce qui se passera alors."

- Dr Alexander Lowen -

"Avance sur ta route, car elle n'existe que par ta marche."

- Saint Augustin -

18 juillet 2011

Je décide

Récemment, je me suis sentie de plus en plus gênée à chaque fois que je commençais une phrase par les mots : "Il faudrait que je…". Je sentais bien que ces mot-là me venaient plus par habitude mentale que parce qu'ils étaient réellement choisis et pondérés. En les prononçant, je ressentais donc la même gêne que quand je me surprends à des facilités langagières (expressions contagieuses, style relâché et gimmicks sans intérêt), ou quand j'entends, dans la bouche de gens que je connais bien, des opinions dont je peux tracer la provenance, et dont je sais par conséquent qu'elles ne sont pas réellement pensées mais simplement héritées. Dans ces deux cas je ressens de la gêne, car dans le premier j'ai l'impression d'être un pantin (ou contaminée par une sorte de virus qui ronge la pensée), et dans le second, je n'ai pas l'impression que l'autre me fasse la grâce d'être réellement présent devant moi, mais qu'il a dépêché pour s'adresser à moi une sorte d'hologramme ou de répondeur automatique.
Quand je disais "Il faudrait que je…", en sus de cette gêne, je ressentais autre chose : un vague sentiment d'échec, d'écrasement, de découragement. Tout le contraire d'une prise-de-puissance (je cherche une traduction au mot anglais empowerment).

Plutôt que "il faudrait que je…", dire : "je décide de…", "je choisis de….", "j'ai envie de…", "je vais…!" - et déjà je me sens plus solide sur mes pieds.
Plutôt que "oui, mais…", dire : "oui, et", ou "non, parce que", ou "attends, il faut que j'y réfléchisse". *


" Words filter into our subconscious & tell stories about ourselves. For example, there are some words that absolutely are not helpful to us. The word "try" indicates that we are not really in control. If we say we will try to be on time, we will try to do a good job, etc., it's all very wishy-washy. "Try" doesn't really mean anything. Maybe we'll succeed, maybe we won't. We could take the word out entirely & our lives would have much more purpose -- i.e. "I will be on time" or "I will do a good job". Doesn't that feel better, & more decisive? As well as making us feel more powerful & in control of our own destiny, it also gives our mind a strong message, which is one of success. Another word which falls into this category is "can't". The word "can't" indicates that there is something in the way over which we have absolutely no sway. Why not replace it with "won't"? It is more honest! Instead of saying, "I can't clean the house", why not just say, "I won't clean the house"?! "

- Gala Darling, Love & Sequins #5

* Merci à Marc Bonheur qui m'a inspiré ce billet

Revenir à ce qui est

"Nous voilà face à une voie concrète qui va produire des fruits peu à peu, parce qu'on peut s'exercer, s'entraîner, mettre un pied devant l'autre et avancer. Cette voie consiste à revenir à la vérité de l'instant, à juste ce qui est, que ça me convienne ou non.

L'existence, le monde ne tient pas compte de cette demande personnelle, de cette nostalgie qui réclame que la réalité me plaise toujours : si le monde était vraiment bien fait, il répondrait toujours à mon attente du moment. (...) Or, ce n'est pas ainsi que cela se passe. (...) C'est là qu'une pratique devient possible, très concrète et susceptible de vous faire vraiment progresser, une pratique que le moi séparé ne peut pas récupérer, qui efface ce moi dans l'instant. C'est tout simplement l'application de la formule : Pas ce qui devrait être mais ce qui est (...). Il s'agit de ce qui est là tout de suite, en moi et en dehors de moi. Et rien d'autre."

"C'est en refusant non seulement le fait, mais aussi l'état pénible qui en résulte que vous avez vécu jusqu'ici à peu près toutes vos émotions : dans le refus. Nous souffrons de souffrir et il y a là une deuxième réaction, une réaction au second degré, une deuxième dualité qui s'exprime par : je ne suis pas d'accord pour être malheureux. (...) La vérité proclame je suis ce que je suis – au niveau changeant comme au niveau ultime. (...) Puisque c'est, je ne refuse plus, je fais l'expérience de ce vécu intime quel qu'il soit, aussi douloureux qu'il m'apparaisse au premier abord. (...) Je m'incline – et j'agis. Avec ce que j'ai d'intelligence, ce que j'ai d'énergie, ce que j'ai de moyens financiers, je réponds à la demande de la situation, j'agis sur la base de la détente, du oui à ce qui est, de la non-dualité."


"Demandez-vous simplement : les choses étant ce qu'elles sont (et je ne discute pas l'indiscutable) quelle est la demande de la situation elle-même, donc la réponse que justifie la situation – et non : qu'est-ce qui me convient à moi dans mon humeur du moment ?"

- Arnaud Desjardins

13 juillet 2011

Profondeur et surface

Je n'aime pas du tout faire le bilan. Je n'aime pas cela pour la même raison qui fait que j'aime fêter mon anniversaire avec une plus grosse fête chaque année, et que j'aime faire des listes de résolutions : je veux qu'à l'écoulement de temps corresponde un progrès ou une croissance. L'idée de progrès déshonore l'intellect écrivait Cioran, et à l'échelle civilisationnelle je suis d'accord… Mais à titre individuel (mettez cela sur le compte de l'élan archer du sagittaire, ou le besoin de mouvement du vata) mon besoin de progression est si fort que toute stagnation est ressentie comme une régression et me pousse assez rapidement à la déprime.

C'est là que, de par mon tempérament butineur, je me heurte rapidement à un écueil : me dispersant, j'avance à pas de souris et j'ai au final le sentiment de ne jamais accomplir grand-chose.


A vrai dire, j'envie ceux de mes amis qui ont un instinct de spécialiste, ou du moins prennent plaisir à se concentrer sur un thème, chercher à en avoir une connaissance exhaustive et progresser, non pas en surface couverte (on revient à la question des frontières) mais en profondeur. Quel est leur truc ? Comment acquiert-on la patience qui fait devenir expert ?

12 juillet 2011

Du nouveau

Et si chaque jour qui passe était un jour perdu si je n'y ai pas essayé quelque chose de nouveau ?

Si je vois mes actes comme des engagements lourds, des décisions pesant durablement sur l'orientation de ma vie à venir, je me sens soit paralysée soit enfermée. Je ne suis agile, créative et capable d'un peu d'audace, que si je maintiens pur le sens du jeu. En dansant, chantant, jouant, je peux tout tenter. Je peux franchir des caps pour la déconne. Et pourquoi pas ?

On se connait trop mal pour pouvoir prédire comment on se sentira dans telle ou telle situation.
De l'intérêt de se mettre dans toute une variété de situations, moyen d'explorer le monde et soi.

Et si chaque jour qui passe je faisais le vœu d'essayer quelque chose de nouveau ?

11 juillet 2011

Assouplir ses frontières

Plusieurs fois par le passé j'ai dit de moi "je ne suis pas quelqu'un qui….", "je ne ferai jamais ceci…", et la vie m'a apporté des démentis : j'ai travaillé dans une banque, j'ai cherché à acheter un appartement, je me suis vouée à des amours tranquilles… Je découvre aujourd'hui en y repensant que ces démentis sont toujours allés dans le même sens : à ma conception un peu folle (ou libre) de moi-même, mes choix en ont opposé une autre, plus "bourgeoise", en tout cas plus à la recherche de stabilité.

Au cours de ma vie, j'ai endossé plusieurs mythes personnels. Des plus sombres (mal-aimée, heautontimorumenos, princesse d'Aquitaine à la tour abolie) j'ai délaissé les oripeaux pour m'imaginer plutôt femme qui court avec les loups, ou calme habitante d'un monde réconcilié. Comme des rivières nous changeons, et chaque jour qui passe nous coulons d'une nouvelle eau. Je préfère de loin ma nouvelle conception de moi-même, qui ne m'oblige pas à me contorsionner pour faire semblant de ne pas aimer la vie, et qui ne m'abonne pas à la souffrance.

Mais entre la vie du loup et celle du chien j'hésite encore ; je me débats avec mes espérances, avec l'opinion que je voudrais conserver de moi-même (une femme libre, un peu gipsy sur les bords) et l'évidence de mon embourgeoisement.


Jusqu'à présent j'ai toujours accepté avec bonhommie les démentis et les mues. Je trouve rafraîchissant de me dire que les frontières de notre être sont toujours à réinventer. J'aimerais savoir les assouplir, les pousser pour permettre à l'enfant que je fus de courir vite et de sauter haut. J'aimerais me débarrasser de l'idée collante que "je ne suis pas quelqu'un qui prend des risques". Chaque jour qui passe, me délier un peu plus des croyances limitantes qui ont ralenti mon pas et ont multiplié mes hésitations. Ce qui ne veut pas dire nécessairement diluer mon identité ou tomber dans l'illusion enfantine - si attirante pour qui a le goût de la magie - que tout est possible.
Et, pourquoi pas ? Devenir assez vaste pour embrasser mes contradictions sans en souffrir. Être à la fois la fille de mes parents, capable de prendre une décision patrimoniale, et créatrice de moi-même, articulant en action le vœu de mon âme.

10 juillet 2011

Bliss and no less

"To know is to be, connaître c'est être, être et pas avoir l'expérience de quoi que ce soit; la seule ascèse qui ne puisse pas être récupérée par l'ego à son profit, c'est, instant après instant, la communion (être un avec, un et non pas deux) avec ce qui est et avec ce que je suis au niveau changeant et dépendant de moi-même : ici, maintenant, à la surface de moi-même comme dans la profondeur, je suis ce que je suis - en excluant radicalement ce que je préfèrerais être, pure irréalité, pure création du mental.
La conversion d'un premier mouvement de refus en acceptation de l'indiscutable réalité ou vérité de l'instant représente toujours l'effacement momentané de l’égocentrisme."


"A l'arrière-plan de toute notre existence et, malgré les démentis qu'elle nous impose, il y a au fond de chacun de nous cette position : si le monde était vraiment bien fait, il répondrait toujours à mon attente du moment."

"La frustration, la tension due au désir ressenti comme un manque à combler vous a exilés de votre vraie nature qui est complètement heureuse : sat chit ananda, l'être, la conscience, l'état de bonheur parfait, qu'on traduit par béatitude ou bliss en anglais."


"Si vous voulez le silence, intéressez-vous aux bruits. Qu'est-ce que ce bruit ? c'est un robinet qui est mal fermé. Cherchez et faites taire ce bruit-là."

6 juillet 2011

La tension de croître

" Se rendre compte de la réalité de sa condition et ressentir je ne peux pas continuer comme cela est une attitude positive et libératrice qui n'a rien à voir avec les différentes formes de culpabilité, de honte ou même de haine de soi qui accentuent encore notre division intérieure : il s'agit d'une prise de conscience qui nous unifie autour de la nécessité impérieuse de progresser. "

- A.Desjardins

3 juillet 2011

IN TIME OF DAFFODILS


In time of daffodils (who know
The goal of living is to grow)
Forgetting why, remember how

In time of lilacs who proclaim
The aim of waking is to dream,
Remember so (forgetting seem)

In time of roses (who amaze
Our now and here with paradise)
Forgetting if, remember yes

In time of all sweet things beyond
Whatever mind may comprehend,
Remember seek (forgetting find)

And in a mystery to be
(when time from time shall set us free)
Forgetting me, remember me.

- e.e.Cummings

2 juillet 2011

Pleine conscience


"Connaissez d'abord finement votre non-libération, votre servitude, votre mécanicité, votre statut de marionnette."
" L'attention, la vigilance, la pleine conscience, la conscience témoin, en anglais mindfulness, awareness, cette série de termes indique la même attitude qui consiste à voir ce qui jusque là vous échappait plus ou moins complètement, comme une lampe qui s'allume et qui éclaire."

- A. Desjardins

18 juin 2011

I am not what I am


" We are not who we think we are - we are not what we do, we are not our age, we are not our gender or sexual preference. We are not where we live or where we were born or what religion we were born into or went on to practice. We are not our skin color. We are not our bodies. We are not our thoughts. We are something that is unnamable, indescribable, vital, mysterious and elementally free. We have known this truth since we first looked into a mirror when we were children and, surprised by our reflection, thought, But this is not who I am. All of our livres, we have looked into mirrors, startled by our reflections. But this is not who I am, we think in secret as we brush on mascara or shave our chins. And we are right. Yet we begin to believe we are who we have invented ourselves to be (...). "

- Nina Wise, A big, new, free, happy, unusual life

4 juin 2011

Du réel.

Plus de deux mois qu'aspirée par le quotidien, ses exigences et ses contraintes, je ne suis pas revenue déverser ici ma prose.
Il y aurait beaucoup à partager pourtant, au vu de l'avancée perçue, et si peu face à la vastitude de ce que j'aurais pu, dans ce même temps, vivre.

Sentiment étrange - je crois de mieux en mieux savoir qui je suis, ce qui constitue ma fibre, les facilités de mon esprit, ses aimantations premières. Et dans le même temps, dès qu'un brin d'ébriété ou de fatigue me le permet, de ce "moi-disant" moi je me désolidarise, non pas que je perde pour moi-même l'élémentaire bienveillance, mais je prends une hauteur chaque fois plus nette, d'où le bas sol me paraît d'un coup bien étranger.

Le réel qu'était-ce ?
Était-ce ma solitude, dans ce bureau vide d'après jour férié, la clim tissant son ron-ron sur la moquette standardisée. Ou mon demi-sommeil, encore lourd de rêves inarticulables, contre l'amant quotidien. Ou la bouche écarlate de l'amie retrouvée, dix folles allées après, à la sortie du métro Lamarck. Un premier pas au jour, je la vois, de l'autre côté de la rue, un châle de bohémienne sur ses épaules maîtresses, je n'ai pas eu à faire un signe que déjà c'est elle qui s'anime, son visage s'éclaire, elle bouge, elle est là. Du réel peut-être.
A la densité dissoute dans les verres de Quincy au goût de violette effeuillée et pourtant, quoi de plus près du près-vrai que ce que dans notre ivresse nous avons articulé.

Et aimer, était-ce mon trouble, confiance ou inquiétude suivant l'homme dans le déroulé d'un jour simple et clair. Ou cet élan vif, de la retrouver elle, évidente, entière, telle que je l'avais laissée dix ans avant, sans qu'il y ait la moindre incertitude à combler, le moindre hiatus entre nos folies jumelles.

Je veux croire qu'entre mon plus grand délire et ma plus forte raison, il n'y a qu'un reflet qui fait changer la couleur d'une même, unique et forte réalité.
Pareillement je veux croire mon élan d'amour un, indivisible et universellement dispersable sur les amis égarés, les complices, les germains, les défunts, et l'envers des feuilles de tilleul au soleil de juin.

28 mars 2011

Mélancolies (25/03/11)

Les retours de mélancolie sont normaux. C'est un luxe que de pouvoir ressentir ce type de vertige lorsque l'on se penche au bord de sa vie. Les mélancolies, il faut les aborder comme des amies. On ne claque pas la porte au nez à de vieille copines.

(L.R.)

Ce matin je suis venue au jour appelée par 16 Horsepower et les Pixies. C’est comme si j’avais été réveillée par mes pâles 18 ans, tout en déséquilibre hormonal et humeur noire. Le monde qui nous entoure est le produit de nos croyances, et je suis prête aujourd’hui à souscrire à toutes celles qui me promettent la sérénité et la joie. J’ai Le livre de la méditation et de la vie de Krishnamurti dans ma poche, je me laisse fondre au soleil et draguer par les moineaux mais je retrouve à mon côté mes 18 ans au cœur lourd, aux yeux cernés. Si j’ai tant l’impression d’être rattrapée par mon passé c’est qu’il doit y avoir quelque chose dans l’avenir qui ne me donne pas envie d’avancer vers lui, quelque chose dans le présent qui ne me retient pas assez. J’ai accompli mon destin d’héroïne romantique, je suis libre de passer à autre chose, mais la voix venue du fond m’appelle encore. M’appelle ou se tait, et de ce silence vient mon vertige, lorsque je me perçois debout au centre du temps, ma vie coulant autour de moi, comme les images sur les parois de la caverne. Combien de livres de chair donnerais-je pour embrasser la vérité. Combien d’années de ma vie de jeune femme ai-je offertes à l’amour qui me la faisait effleurer. Et maintenant qu’en sais-je. Parfois quelque chose s’offre à moi, lorsque l’alcool me fait flotter dans un temps distinct, abstrait de la narration de ma propre vie. C’est l’instant pur que je cherchais déjà du temps de la mélancolie, il y a dix ans de cela. L’instant est-il le bout de ma quête ou est-il lui-même la main tendue vers autre chose, peut-être vers rien ? Si le printemps est désormais la saison où mon cœur se brise, où mes vêtements se teintent à nouveau de noir, si je dois vivre chaque année les retrouvailles avec ma peine, que l’on me rende à une autre saison les bourgeons frais et l’ivresse du premier soleil. J'ai l'impression de gâcher le vert tendre des tilleuls. Je regarde ma tristesse comme un objet tombé au sol, sans la comprendre et en même temps la connaissant, l’ayant si longtemps portée. D’où vient-elle et quel est son usage, vers quoi veut-elle me guider ? si elle revient, c’est bien qu’elle a quelque chose a me dire, ou alors elle n’est que vaine, qu’un aléa du sang qui ne m’apprend rien et doit pouvoir être dissipé.

Oeil critique

Je déteste les critiques. Je déteste les entendre, je ne supporte pas qu'on parle de moi. En général, je fuis, j'admets mes torts pourvu qu'on arrête le plus vite possible d'en parler. Si je ne suis pas parfaite, ou très très bonne dans ce secteur, j'arrête tout, je m'en vais le plus loin que je peux, je mets la distance maximale entre moi et mes imperfections.
Je ne progresse donc jamais. Je n'essaye jamais deux fois si la première tentative a été infructueuse.

Appelez cela de l'orgueil, de l'arrogance ou de la vanité. C'est mon péché, celui qui se transmet dans nos gènes, que je combat depuis toujours, sans le moindre succès jusqu'à présent. Souhaitez-moi, maintenant que j'en ai pris conscience, de le vaincre enfin, et d'apprendre l'humilité.

24 mars 2011

Le combat

La violence de notre éducation me frappe particulièrement. Elle est comme un poids lourd qu'il nous faut traîner des années, et dont on ressent les douleurs même longtemps après qu'on l'ait, enfin, abandonné. Dans cette course perpétuelle au plus, au mieux, à l'amélioration continuelle, nous sommes les perdants, des coureurs de marathon condamnés à mourir sur la piste. On n'obtient jamais 20 sur 20. On ne nous a jamais dit: c'est très bien, mais toujours: tu aurais pu faire mieux, voici comment t'améliorer. Nous sommes une déception perpétuelle, dès qu'on ne remplit pas tous les espoirs qui ont été, pour une raison quelconque, mis un jour en nous par ceux qui n'en avaient pas le droit.


Garder une parcelle de soi en dehors de cette course à l'excellence inatteignable est un défi, presque un péché. J'ai toujours refusé de prendre des cours de dessin ; j'ai réussi à préserver ce qui m'est de plus intime, de plus ancien, loin de tous calculs ou de jugement extérieur. Mais je dois le faire en cachette, loin des conseils bien intentionnés de ceux qui prétendent voir en moi ce que je j'ignore. Comme si tout ce que nous faisons devait être rentabilisé, évalué, jugé, vendu sur le comptoir de la productivité. Comme si la naïveté d'un geste, quel qu'il soit, était seulement une ébauche avant le grand jugement.

Pourquoi ne célèbre-t-on jamais la beauté simple, la chance et le calme? Pourquoi détruit-on la simplicité gratuite des enfants?

Just stop.

Stop thinking. Stop listenning to bad music. Stop answering narrow-minded question. Stop worrying. Stop looking at yourself into the mirror. Stop trying. Stop trying to change. Or stop trying, and don't do anything. Stop working. Stop looking at your phone. Stop analyzing. Stop looking for the problems. Stop fixing the problems that don't exist. Stop fixing someone else's problem. Stop getting involved. Stop acting. Stop facing. Stop pretending. Stop playing. Stop looking for who you are, because obviously you're already someone, and others around you don't doubt your existence. Stop waiting. Stop being concerned. Stop thinking. Just stop.

20 mars 2011

Une vie comme la flamme d'une bougie votive


" Pour s'épargner de la distraction de l'imprévu, les moines soumettent les heures de leur vie à une règle choisie. Ainsi privé des perturbations, leur esprit peut se consacrer à l'adoration. Rien de plus étranger au principe bergsonien de recherche du jaillissement perpétuel de nouveauté. On pourrait penser leurs existences mornes, racornies, dépourvues d'énergie car cuirassées d'habitudes. Mais la vie des mystiques s'épanouit par-delà l'habitude. Elle peut se passer du renouvellement permanent de l'instant car elle tire son feu d'avoir un jour connu un instant supérieur à tous les autres et qui se répète dans le rythme de la loi liturgique : celui de la révélation du principe divin. Ainsi le sage retiré du monde, l'homme de la grotte nourri de lézards : son avenir est sans surprise, mais un brasier brûle quand même en lui. Une nécessité de se maintenir en vie pour continuer à éprouver le sentiment immense de se savoir habité par quelque chose de supérieur. "


- Sylvain Tesson, Éloge de l'énergie vagabonde

19 mars 2011

Sometimes

Sometimes I wished I could get away from everything. Just fly away from my life, the people I know, living without money in a world without news, society and radio sounds. I suddenly hate the world rumour beaching on my shore, the anger and the fear it wears.
I would like to be with no one, with no pressure, living in an eternal face to face with myself. I would not have to care about other people thinking, I would not have to accept criticism, advice, gossip.
I hate gossip so much. I'm already very far away from all this, I avoid personal implication and can't live a commitment. I even stopped to love -suddenly, it disappears, the memory of lovers vanished and it only stays a hole in me.
The sky is empty, and only the ugly sounds of the world screams are to be heard, threatening, terrible, loud, like a giant siren alarm that try to destroy our brain before we all explode.

But there is flowers on my table, the sun's shining outside, and it seems possible to try once again -who knows what happen next.

18 mars 2011

Punkhead

The day I discovered I was a punk was an incredible relief. Finally, I was able to put a word on the strange feelings that were living and growing inside of me. Because obviously I'm not wearing a Mohawk or a nappy pin in my nose, and I never even thought of it.
But despite my bourgeoise outfit and very normal figure, I AM punk. It explains my passive-aggressive way of seeing life, my protesting attitude, my many doubts about the world and my continually questionning of life. It explains the despair of mine, that overwhelmed me sometimes. I'd like to be able to yell them into a micro, too, but it will be asking too much.
But whatever I do, I know now that there has always been a lot of people like me, feeling outcasted or angry about the society. And that is a nice feeling.

17 mars 2011

Slapping back

Just realized that, for some people, I will stay a bad journalist and a stupid person for ever. It is painful.

14 mars 2011

L'imagination peut-elle assez

" Qu'imagine-t-elle, cette poignée d'Européens ultra-éduqués, dont les membres forment le boy's band du développement durable ? Que les discours citoyens, les actions individuelles, les comportements vertueux enrayeront le pillage des ressources ? Que pourront les bonnes intentions de quelques hommes lucides et de bonne volonté devant la course aux réserves ? Se rend-on bien compte de la charge énergétique contenue dans le marché de Rawalpindi, de la frénésie consommatrice d'une seule rue du quartier commerçant de Hong-Kong ou d'un quai du port de Bombay ? Se rend-on compte que des Moluques au Balouchistan, des milliards de postes de télévision serinent à des milliards d'enfants que le bonheur est dans le supermarché. La télévision désigne le but : atteindre la prospérité de l'Occident. L'Europe a montré la voie, elle explique depuis des décennies aux spectateurs ébahis par son succès comment jouir le mieux possible et transformer la richesse en temps libre et le temps libre en loisir. Le western style est devenu fantasme. La télévision jette de l'huile sur le feu de l'Envie. Le souhait d'accéder aux niveaux de vie occidentaux génère dans le cœur des hommes, de Bamako à Bogota, l'énergie la plus puissante qui soit, celle qui mène le monde selon René Girard : l'énergie du désir mimétique. Elle amène l'homme à lutter non pas tant pour l'objet que pour sentir la satisfaction de posséder autant que celui qui possédait autrefois plus que lui.

(...)


Il existe deux autres voies pour mettre un terme à l'insulte faite à la Terre. Une infime poignée de vagabonds, racleurs de vent et princes des cabanes, nous indique le chemin qui mène à la première. Ils vivent et courent dans les bois, se nourrissent de soupe à l'ortie, loin des impératifs de la religion, des commandements des marchands et du désespoir urbain. Ils se sont exclus de la spirale énergétique. Si toute vie laisse une marque sur la peau de la Terre comme le harpon sur le cuir des cachalots, au moins l'entaille des vagabonds est-elle superficielle. Dersou Ouzala et ses fils spirituels n'ont pas besoin de brandir les oriflammes du développement durable ou de la décroissance soutenable. Ne se rendant pas aux manifestations écologiques à bord de leur voiture, n'utilisant pas d'ordinateurs pour diffuser leurs idées, ils sont les seuls à pouvoir légitimement argumenter sur le sort de la Terre. Mais ils ne s'expriment jamais car ils ont décidé que leur vie tiendrait lieu de discours. Ils sont tellement peu nombreux que les larmes coulent lorsque nous pensons à eux.
La seconde issue préconise de consommer toujours plus. Dans la meilleure hypothèse, les réserves pétrolières n'offrent plus qu'un siècle d'exploitation, les gisements d'uranium seront épuisés dans 80 ans et plus aucun filon de gaz ne chuintera dans trois générations. Précipitons donc la fin de nos maux : accélérons l'épuisement des ressources ! Ouvrons les vannes. Que tournent les moteurs. Que dégueulent les pipes et flambent les torchères ! Une fois l'humanité acculée à des nappes vides, la tentation de sucer le brut toujours plus profond pour alimenter notre plaisir aura disparu. Il ne sera alors plus temps d'organiser un commerce équitable, une réduction des impacts ou un échange éthique. Mais il sera question d'imaginer vraiment un autre monde. "

- Sylvain Tesson, Éloge de l'énergie vagabonde

12 mars 2011

Same path

"Scorpion: Le Soleil booste vos amours et votre créativité. Profitez-en pour dire à ceux qui vous entourent combien vous les aimez. Mettez au clair les écrits que vous aimeriez publier, partagez avec enfants et petits-enfants des moments privilégiés, faîtes reconnaître vos talents d'artiste ou de sportive, organisez une fête ou de petits dîners, réjouissez-vous surtout de tout ce que la vie cherche à vous donner!"

Un programme pour la semaine, donc.

Spiegel

"Je ne mérite pas de m'affliger moi-même, car je n'ai jamais volontairement affligé autrui."

Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, VIII, XLII

Mouchetée


It all started with a dream. Or, perhaps, to be honest, it all started a long time ago, with very strong feelings, these of a small girl wondering of how her life will be many years later.
But it goes on with a dream, the strangest that ever happened before. It was all certainty, a strong message you need to do something with.

Well, I did. I didn't really unterstand what the fuck I had to do, or what was the point, the goal, the need, and more than anything, why I felt concern now about an old situation -and its consequences in a year from now.

Then the weirds happen. A charm found on a airport baggage claim, a email exchange who brings you back a year ago, a search that couldn't obviously happen at an other time, a book dropped in a mail box, foreigners you should never have seen, people you should never have met. It's been so much it's pointless to score, something was talking to me, and it's been only a week.

It stopped like it started. The certainty vanished, I woke up and looked at it with no clear mind.

I just now know that I have to wait an other year. Things are just going the way the universe told me a year, or many years ago. I'm not really surprised, just amused my feelings's been so strong.

There is a calm year and a lot to do for myself ahead. I'm looking forward to seeing what brings the future. Appointment made.

10 mars 2011

Le rendez-vous des errants

" Il croit qu'il faut imaginer le monde comme le rendez-vous des errants qui s'avancent sac au dos, des clochards célestes qui refusent d'admettre qu'il faut consommer toute la production et par conséquent travailler pour avoir le privilège de consommer, et d'acheter toute cette ferraille dont ils n'ont que faire ; réfrigérateurs, récepteurs de télévision, automobiles (tout au moins ces nouvelles voitures fantaisistes) et toutes sortes d'ordures inutiles, les huiles pour faire pousser les cheveux, les désodorisants et autres saletés qui, dans tous les cas, atterriront dans la poubelle huit jours plus tard, tout ce qui constitue le cercle infernal : travailler, produire, consommer, travailler, produire, consommer. J'entrevois la grande révolution des sacs à dos. Des milliers, des millions de jeunes Américains, bouclant leur sac et prenant la route, escaladant les montagnes pour prier, faisant rire les enfants, réjouissant les vieux, rendant heureuses les jeunes filles et plus heureuses encore les vieilles, tous transformés en Fous du Zen, lancés de par le monde pour écrire des poèmes inspirés, sans rime ni raison, pratiquant la bonté, donnant l'image de la liberté par leurs actes imprévus, à tous les hommes et même à tous les êtres vivants. "

- Jack Kerouac

Les clochards célestes

7 mars 2011

Je le savais déjà il y a dix ans


J'ai pris ce tic de m'atteler à ma vie comme à un examen difficile, pour lequel il faudrait prendre beaucoup de notes et repasser beaucoup de leçons.

6 mars 2011

note prise jadis


Restons dans l'humain, dans le petit quotidien, sans honte pour la souille, quittons nos poses et mettons-nous à la tâche. Les manches retroussées, prenons la posture de l'artisan, sortons le mètre, gâchons le plâtre. Niveler, aplanir, ciseler. Nous sommes entrer dans l'âge de raison, il faut maintenant se concentrer sur les adverbes.