29 novembre 2009

Aimer et travailler


" Tenir le hasard pour indigne de décider de notre destin, ce n'est rien d'autre qu'une rechute dans la conception pieuse du monde."

" Pas une réconciliation avec la réalité, mais avec ses propres capacités. Vouloir ce qu'on veut, pouvoir ce qu'on peut. Pas vouloir ce qu'on peut, aplatissement devant la réalité, ni pouvoir ce qu'on veut - le croire - , figure de toute-puissance. Mais, qu'on puisse jouer sa partie, dire son récit, répondre au monde à sa façon. Aimer et travailler..."

- Sigmund Freud

26 novembre 2009

Joies du jeudi #21

* Écouter Jefferson Airplane et Spirit.

* Voir Renata Rosa sur scène glissant du bout de ses pieds nus, droite et voluptueuse, faisant tourner sa lourde jupe de patchwork plein biais.

* Passer du temps au calme me semble de plus en plus précieux. Ramasser les feuilles mortes, regarder le soleil jouer sur les bas-côtés de la halte Montreuil... Je redécouvre l'automne avec une fascination d'enfant. Dans le même temps, j'aperçois décembre au bout de la semaine ; j'ai commencé à faire dans un coin de ma chambre un tas de paquets bleus noués d'or.

* Passer du temps avec des amis qui me manquaient. Y adjoindre d'autres par belle surprise. Troublante impression de revenir à la source, boire l'eau fraîche qui seule désaltère.
* Apprendre à connaître mes nouveaux collègues, leurs ronchonnades et leur bonne humeur.

* Manger ma première récolte de graines germées.

24 novembre 2009

Faiblesses de l'aube

Bande son : Roxy Music / Chance meeting - The Unicorns / Child Star.

Musique, maîtresse des états d'âme, guide de l'émotion labile et molle.
Depuis quelques années, je me méfie de certaines musiques qui ont le talent de forer en nous et d'installer l'habitude du chagrin. C'est toute l'adolescence cela, l'addiction à une certaine nauséabonde musique des sphères, et à tout ce qui, donnant à nos malaises une mélodie, fait croire à leur légitimité.
Et il y a cette autre sagesse, qui recommande de ne pas lutter contre ses états, mais de voguer avec eux. Sous l'injonction de la musique endolorie, écouter la part de nous qui geint de son arrachement. Dans le décalage des premières heures du jour, là où nos perceptions sont à la fois émoussées et plus cruelles, où notre être se fendille dans la solitude du réveil, la violence de s'extraire du sommeil... nous voilà au bord du précipice qui nous sépare de nous-mêmes, de ce monde, de ceux que nous aurions pu aimer.
Cet état-là est aussi vrai que l'élan vital qui nous enfle quand la musique sait pulser et rendre l'instant à son versant d'évidence.

22 novembre 2009

Ich bin mal weg

"Ne suis pas présente à ma vie. Je vis en recomposition permanente, ne suis pas là où je suis. L'instant m'échappe, le temps s'évapore. J'ai l'impression d'être coupée en deux, dans le vagabondage perpétuel de mon esprit qui s'égare. Les choses n'existent que lorsque je les recompose. L'euphorie des derniers temps, née de l'absence délicieuse d'introspection, est retombée en brume légère sur moi. Les contours sont floutés et je ne vois rien. J'avance à tâtons, par habitude, mais perdue à moi-même.

Ce n'est ni désagréable, ni franchement gênant ; ça n'a aucun intérêt, ne nourrit rien, n'apprend rien. C'est le vide, moelleux, ouaté, doux, inutile.

Peut-être est-ce une transition nécessaire avant d'aborder une période qui sera riche et féconde. Comme je ne vois pas grand chose -physiquement-, mes autres sens s'aiguisent, la musique me pénètre étrangement.

J'attends le moment où je vais me ressaisir : reprendre ma vie à bras le corps, redevenir acteur de moi-même."



Je m'apprêtais à publier ce message quand j'ai réalisé où se situait mon problème. Je fais désespérément confiance à la vie. Je pense que même les situations les plus tordues valent leur peine, que les complications sont les défis stimulants du chemin ; que le bonheur, cette vertu fallacieuse, brise l'élan. Et que la difficulté, la douleur, la tristesse sont les terreaux nécessaires à la création et pour certains, à l'éclosion du génie. Chacun doit trouver son rôle: le mien est celui de la vigie, qui accompagne et tient la lanterne pour éclairer ceux qui magnifient l'existence. Qu'importe que je ne vois rien: si j'ai la chance d'accompagner et de vivre, juste un instant, au contact de ceux qui devinent au-delà de leur pénombre.

20 novembre 2009

Futur indicatif


Garder vive l'attention aux mots. Éviter de dire "je ne peux pas", "on verra ce qui arrivera". Qu'est-ce, après tout, qui nous empêche de prendre la main, et de dire ce qui arrivera ? A force de paroles qui nous coupent de notre propre puissance, nous perdons la conscience de combien nous avons le choix.

En ce moment, je me remets à modaliser, à ne jamais m'exprimer au futur sans utiliser des adverbes qui viennent faufiler du doute et du "on verra" dans mes propos. Théoriquement je vois un tel ce soir. Normalement, voici mes plans. Je suis censée faire ceci.
Je ne sais même pas vraiment pourquoi j'ai repris cette habitude qui tient à beaucoup de superstition ; y perce plus d'inquiétude que de réelle confiance en ce que les aléas peuvent m'apporter et en mes capacités d'improvisation. Qui sont réelles. Je ne l'ignore pas totalement ...mais je laisse la peur prendre le pas.

Les mots, ces bricoles qui ont tout pouvoir : nous pouvons en faire un collier dont nous choisissons les gemmes. Il est dommage de se refuser le plaisir d'être créateurs.

Nuit d'automne

La Loreley

À Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui laissait mourir d'amour tous les hommes à la ronde

Devant son tribunal l'évêque la fit citer
D'avance il l'absolvit à cause de sa beauté

Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries
De quel magicien tiens-tu ta sorcelerie

Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits
Ceux qui m'ont regardée évêque en ont péri

Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

Je flambe dans ces flammes ô belle Loreley
Qu'un autre te condamne tu m'as ensorcelé

Evêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge
Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège

Mon amant est parti pour un pays lointain
Faites-moi donc mourir puisque je n'aime rien

Mon coeur me fait si mal il faut bien que je meure
Si je me regardais il faudrait que j'en meure

Mon coeur me fait si mal depuis qu'il n'est plus là
Mon coeur me fit si mal du jour où il s'en alla

L'évêque fit venir trois chevaliers avec leurs lances
Menez jusqu'au couvent cette femme en démence

Vat-en Lore en folie va Lore aux yeux tremblant
Tu seras une nonne vétue de noir et blanc

Puis ils s'en allèrent sur la route tous les quatre
la Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des astres

Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
Pour voir une fois encore mon beau château

Pour me mirer une fois encore dans le feuve
Puis j'irai au couvent des vierges et des veuves

Là haut le vent tordait ses cheveux déroulés
Les chevaliers criaient Loreley Loreley

Tout là bas sur le Rhin s'en vient une nacelle
Et mon amant s'y tient il m'a vue il m'appelle

Mon coeur devient si doux c'est mon amant qui vient
Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l'eau la belle Loreley
Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil

-Guillaume Apollinaire-

19 novembre 2009

Joies du jeudi #20

La semaine fut brève... ces vingtièmes joies resteront donc pareillement laconiques.

* Aller au concert des 17 Hippies.
* Rencontrer, à l'occasion d'un moment de crise, la merveilleuse sollicitude de mes amis.

* Faire connaissance avec le bébé le plus réjouissant du monde. Revoir une ancienne collègue et rire de nouveau avec elle. M'exercer à mémoriser le nom des gens. Aller chez une autre Anaïs.

* Aller au salon Marjolaine, avoir envie d'essayer des milliers de choses et m'initier à la culture des graines germées.

* Calme. Petit monde du chez moi. Pas plus loin.

17 novembre 2009

Notes du carnet vert

J'ai longtemps joué de solitude. De là, j'écoutais l'inconscient, le langage, comme la parole de l'Autre en moi.

*

Pendant un temps, S.D. fut mon fantôme familier. Grand enfant rêveur et maigre, aimant les déserts et les lieux publics, les carnets et les cartes postales. Dans son ombre comme son silence, j'avais un abri.
*

"Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l'aventure d'être en vie."

"Ce que je voudrais (pas encore ce que je fais) c'est musique pour questionner, pour ausculter, pour approcher le problème d'être."

- Henri Michaux

16 novembre 2009

De l'écrire

" La fiction sert dire où est le réel"
- Jean-Louis Schefer

"J'écris pour forcer le réel pied à pied"
- Saint-Simon

"L'écrivain est celui qui vit avec fidélité et attention, avec détresse dans l'imminence d'une pensée qui n'est jamais que la pensée de l'éternelle imminence."
- Maurice Blanchot

12 novembre 2009

Joies du jeudi #19

* Me mettre en bouche la syntaxe de Crébillon, y poser ma voix, sentir le travail des mots - consonne contre voyelle - se faire.

* Faire des rêves denses, graves, plutôt inquiétants en fait, mais très riches - y croisant même l'un des lecteurs de ce blog (à défaut d'avoir eu encore l'occasion de le rencontrer dans la "vraie vie"...mais les rêves ne sont-ils pas la "vraie vie" ?).

* Écouter les Sparks, Lou Reed, The Divine Comedy et Gjallarhorn.

* Trouver une qualité de calme supérieure dans le bel intérieur de M&M - bougies, plantes, couleurs, fontaine, thé Oolong.

* Me délecter chaque jour davantage de la lecture des Jeunes filles en fleur.

* Marcher dans mon beau Paris, sous la lumière claire de novembre, ravie par l'éclat des chrysanthèmes jaunes du jardin du Luxembourg.* Chanter au Cinquante avec le Marcello Sound System.

* Vider un vieux carnet sur mon Tumblr, et le jeter, hop !

* Essayer deux recettes pour cuisiner une grosse courge oblongue.

* Me faire la réflexion que la majorité des gens sont tout de même plutôt sympa.

* Passer par toutes sortes d'états contradictoires et compliqués, avoir peur, faim, froid, rire, découvrir, m'émerveiller, me sentir seule, m'écrouler, découvrir que tout un tas de gens me manquent et me sont précieux, tout à la fois. Ça remue et ça vit.

11 novembre 2009

Like a baby stillborn, like a beast with its horn

Au réveil ce matin j'ai été saisie par un mouvement de révolte et d'affirmation. Je refuse absolument de me laisser gagner par les paroles négatives d'autrui, par l'exigence du stress, par l'idée qu'il faudrait forcément se donner de la peine. Pourquoi de la peine ? ne peut-il pas y avoir d'effort heureux ?
Dans nos vies si brèves, où le temps manque pour jouir de ce qui est beau, j'ai été assaillie par cette idée que rien ne mérite notre souffrance. Ce qui ne veut pas dire qu'il faille passer tout son temps dans un confort indolent ; mais c'est une question d'état d'esprit. Quelles sont les pensées qui nous nourrissent, et celles qui vont sucer notre sang ?

J'ai le goût du don, mais je ne donnerai pas une livre de chair. A vrai dire, je n'ai pas de dette, le mérite ne conduit nulle part, aucun arrière-monde ne m'offrira les berges de son fleuve de lait et de miel en récompense de ma sujétion.

9 novembre 2009

Transitoire

Le hasard est bon camarade. Cherchant dans mes archives quelque inspiration pour mon message du soir, je tombe d'emblée sur ces mots lus il y a quelques mois au sujet d'une pleine lune porteuse de promesses.
Dans mes rêves je marche sans guide, je suis à la fois le présent et le passé de ma solitude, l'avenue de Paris est si large que je m'épuise d'avance d'avoir à la traverser. Je m'accroche aux camarades silencieux de mon enfance. Je traîne sous un soleil mauvais.
Au réveil, je me vois petite, armée d'un piolet grand comme un jouet, pour franchir une montagne inclémente. Et pourtant je sais que la montagne sera franchie, que je retrouverai mes jambes d'adulte, et douées d'une musculature nouvelle, d'un nouvel instinct grimpeur. Simplement, il faut à cela le temps du passage.

"The key to the future: you don’t belong anyplace where you don’t get to be your brilliant and loudmouth self."
- Eric Francis

"A lot of us came out of that period of trial drained, battered, and bruised. Many of us suffered loss. All of us, in one way or another were challenged to start anew (mentally, physically or both) in a new place (literally, figuratively or both), on the other side of a lengthy wormhole. So, how have we acquitted ourselves since then? Have we sought to be aware of our pain and loss or have we kept ourselves numb and oblivious? Have we taken care to clean the wounds or have we allowed them to become infected? Have we availed ourselves of the chance to heal or have we directed our energy away from it? Have we reached out to others washed up on the beach by the ecliptic tide or did we head inland to fend for ourselves? Have we accepted the helping hands hands offered to us or did we wander aimlessly back into the waves? What have we done? (...) As ambivalent as we may feel, as torn as we may be, tempted to look back and asking wherefore we have come, the moment may instead be right to look out and beyond as we near another monthly summit. Queen Elizabeth I was one of the most powerful people to walk this earth. A monarch when absolute monarchies still existed, she was accountable to no mortal. A visionary who fueled her empire for centuries to come with an economy of production (as contrasted to Spain’s economy of hoarding). A leader respected, admired and served by more than a generation of profoundly gifted men. Yet, near the end, all that she had gathered had not the weight of a moment to simply be. So, on this day, in this moment you are so lucky to have, that a queen would have traded everything for, ask yourself “what have i done?”. Not while holding your head in sorrow and remorse (as is so often portrayed in our culture) but as a call to vision the growing light."
- Len Wallick

“It is not in his goals but in his transitions (that) man is great” -Ralph Waldo Emerson

"The example that comes to mind are the three transitions that took place in the earthly existence of the Buddha. Born, attained enlightenment and passed from this plane, all on the Full Moon. Of these three transitions, two of them all living beings have in common, forming the most obvious basis of our kinship. The third is, well, rare. All of them herald the beginning of something new, with a different energy, occupying a different space. Yup, ramping up like a stress test in the doctor’s office this is our chance to show what we are made of, to show that we have been strengthened, not destroyed by practices that have allowed us to not only survive but thrive through each successive transition. The key would seem to be that we can do this together, that none of us can do this alone, that in and through these transitions (which are about all of us, after all) we can indeed be great."
- Len Wallick

8 novembre 2009

Le champ moutonnant des possibles

"Listen to the mustnts, child
Listen to the donts
Listen to the shouldnts,
The impossibles,
The wonts
Listen to the never haves,
Then listen close to me…
Anything can happen, child,
Anything can be."

- Shel Silverstein

5 novembre 2009

Become who you are

Depuis quelques temps je fais des découvertes sur moi-même. Pour la première fois, au lieu de ressentir la solitude, je profite du silence. Je ressens l'apaisement.
Chaque jour je me réveille émerveillée par mon travail, les rencontres, ma situation.
Je réalise aussi la chance que j'ai de pouvoir vivre seule, à mon âge. Et d'avoir l'opportunité unique de me connaître enfin.
Moi, l'apôtre de l'aspirateur, l'ayatollah de la vaisselle, je me laisse aller.

Aller à être moi, pour la première fois. Ne pas craindre le regard de l'autre ou la critique, c'est une liberté que je savoure.
Libre de mon temps et de mes loisirs, je sors, je profite de toutes les occasions, je dis oui à mes envies.
Autour de moi je vois des femmes, mes aînées de quelques années, dont j'enviais la famille et la stabilité, se séparer de leur conjoint, poussées par la recherche d'elles-mêmes.
Alors je profite de la chance que m'offre la vie d'explorer ce terrain inconnu au moment où je suis sans obligation. Je défriche les erreurs du passé, je rempote seulement les bonnes pousses, j'arrache la mauvaise herbe, j'ai un peu de temps devant moi.
Ma vie est un jardin dont je protège l'enclos. Viendra la floraison, et la fête qui suivra!


Joies du jeudi #18

* Plonger avec délectation dans la lecture d' A l'ombre des jeunes filles en fleurs.
* Ecouter Klaus Nomi, Alice Cooper, Frank Zappa & Captain Beefheart, Roxy Music ...

* Voir Le Ruban blanc de M.Haneke, être émerveillée par E la nave va de Fellini ... et m'éclater la rare avec Borat.

* Voir mon frigo plein de belles victuailles, dont deux superbes courges flamboyantes.

* Suivre une formation avec tout plein de gens qui aiment transmettre et faire rire.

* Goûter un peu de doux repos.

4 novembre 2009

Efflorescence

" A travers le feuillage des jours
le soleil passe la main
et lance sur le carrelage
la monnaie de notre pièce
Solo d'ombres et de voix
pour que nous y trouvions
la force de prendre
le présent par l'avenir
comme un enfant par ses yeux
et rassemblions assez d'oiseaux
pour croire en l'arbre fraternel
qu'ensemble nous portons"

- Guy Goffette

" L’artiste est une créature sensible, qui craint la lumière et le bruit, qui souffre souvent et se consume dans la nostalgie. Les gens sont presque tous ses ennemis, et les amis, ceux qui lui sont le plus proches, sont les pires. Pour celui qui craint le jour, ils sont comme une police, il voit leurs lanternes. Le diable en lui loge dans ses os, la divinité dans son coeur. Qui soupçonne ces puissances qui se querellent et les conflits qu’elles engendrent ? Il vit derrière des murs, l’artiste, intemporel, rarement en vol, souvent dans sa coquille. Il aime le cours étrange et très profond de la nature, mais aussi la réalité claire, ouverte, les nuages qui passent, les fleurs qui éclosent, incandescente, la créature. Les gens inconnus, méconnus sont ses amis, les Tziganes, les Papous, eux ne portent pas de lanterne. Il ne voit pas grand-chose, mais d’autres ne voient rien du tout. Il ne sait rien. Il ne croit pas non plus à la science, elle n’est qu’un demi-savoir. De la même manière que le soleil ne connaît pas l’heure du crépuscule, le souffle, le tendre, l’étrange enchantement de cette heure - lorsqu’il apparaît, tout s’est envolé depuis longtemps, effarouché - la science, avec sa loupe, ne connaît elle non plus rien de tout cela. "

- Emil Nolde.

3 novembre 2009

Tenue de route

"By making a vow of stability the monk renounces the vain hope of wandering off to find a perfect monastery. This implies a deep act of faith: the recognition that it does not much matter where we are or whom we live with. Stability becomes difficult for a man whose monastic ideal contains some note, some element of the extraordinary. All monastaries are more or less ordinary. Its ordinariness is one of its greatest blessings."

- Thomas Merton
" I promise that I shall never give up, and that I'll die yelling and laughing"

- Jack Kerouac

2 novembre 2009

Un moment faire silence

"Enough with feeling guilty for wanting to feel the way you want to feel. Follow your desired emotion. Don't analyze it too deeply. Just let it roll and rumble a bit. It may be there to humble you, expand you, heal, surprise or reinvent you. Anywhere it leads, it's there for a divine reason."


*

" I am not the person who is singing
I am the silent one inside
I am not the one who laughs at people's jokes, I just pacify their egos.
I am not my house, my car, my songs
those are only stops along they way
I am like the winter
I'm a dark cold female
with a golden ring of wisdom in my cave. "

- Paula ColeListen. This is your life.

1 novembre 2009

Aux chers enthousiastes

" Un homme qui cultive son jardin, comme le voulait Voltaire.
Celui qui est heureux que sur terre il y ait de
La musique.
Celui qui découvre avec plaisir une étymologie.
Deux employés qui dans un café jouent silencieusement aux échecs.
Le potier qui prémédite une couleur et une forme.
Le typographe qui compose bien cette page, qui peut-être ne lui plaît pas.
Un homme et une femme qui lisent les tercets finaux d'un certain chant.
Celui qui caresse un animal endormi.
Celui qui justifie ou veut justifier un mal qu'on lui a fait.
Celui qui est heureux que sur terre il y ait Stevenson.
Celui qui préfère que les autres aient raison.
Ces personnes, qui s'ignorent, ce sont elles qui sauvent le monde."

- J-L.Borges

29 octobre 2009

Joies du jeudi #17

* Rencontrer mon futur chef ; j'aime quand les choses deviennent concrètes. Vider mon bureau, passer mes dossiers, faire place nette.

* Un pot improvisé au Turgot avec G.V. et son meilleur ami, occasion d'une discussion riche et d'une plaisante nouvelle connaissance.

* Fredonner une belle chanson des Fleet Foxes. Aller à un concert de musique d'Inde du Nord. Écouter Supertramp, Moriarty, et un mystérieux CD transmis par le Ludomancien.

* Donner rendez-vous à quelques amis au 5e Cru, pour partager quelques bouteilles de Côtes de Beaune avec mes Québécois favoris. Ce fut l'occasion de débattre du charme des jurons les plus usités chez nos cousins d'outre-Atlantique, de l'histoire de Cap-Chat, du mouvement Chauve, de la définition exacte de l'adjectif "roboratif" et de la supériorité des Stooges sur la carrière solo d'Iggy Pop.

* Passer un weekend d'une délicieuse tranquillité, en ne sortant que fort peu de mon douillet chez-moi. Manger un glorieux poulet rôti assorti de girolles américaines. Savourer un chèvre frais modelé en navette. Partager les douceurs de l'habile Delmontel. Infuser du thé à la rose. Prendre le temps du temps, de la douceur, du calme, de la bonne conversation.

* Pouvoir porter à l'occasion d'une soirée costumée une jupe de pom-pom girl jaune canari dénichée il y a quelques années dans une friperie italienne. Je ne sais plus quel mot était défini dans le Baleinier par "beau vêtement qui ne va avec rien"… mais j'en ai une petite collection et suis toujours enchantée de pouvoir les extraire de leur destin d'inutilité.En cadeau pour célébrer ce 17ème joyeux jeudi, une fantaisie foutraque et multicolore du fantomatique poète chauve Ostide Calisse, qui a brutalement disparu du web en 2006 ; on raconte qu'il aurait été dévoré par un chien à neuf pattes.

Au fait du comble de l’extrême exagération empirique
Tiré de l'Araignée Octoplégique, en voie de publication
(C) 2004 Ostide Calisse

Tu dis que mon crâne est chauve.
Chauve comme un œuf imberbe et impubère se relevant d’une chimiothérapie, ayant auparavant été fraîchement rasé et macéré une nuit durant dans du dépilant.

Par gêne, mon visage devient rouge.

Rouge comme un homard bouilli saignant dans un coulis de tomates servi à un père Noël brûlé assis dans un camion de pompier arrêté à un feu rouge au Kremlin durant un coucher de soleil.

Tu te mets à rire jaune.

Jaune comme un chinois coiffé d’une perruque de pissenlits, buvant de la bière et mangeant un épi de maïs beurré sur la blonde plage d’un océan de pisse.

Alors, mon regard se plonge dans tes yeux bleus.

Bleus comme un ciel ecchymosé sans nuages, reflété sur la mer des Caraïbes, vu sur l’acide à travers les lunettes de John Lennon.

J'y vois le reflet de mes yeux verts.

Verts comme un cadavre morveux recouvert de mousse, étendu au milieu d'un champ de pot dans un bac de recyclage rempli de luzerne.

Mais depuis, tu m'as glissé d'entre les mains.

Glissé comme un poisson huilé descendant une pente de glace dans un bobsleigh en téflon ciré et oint de térébenthine.

Tu es partie et tu demeures introuvable.

Aussi introuvable que le quark d'un proton d'un atome de fer d'une aiguille désaimantée égarée dans une meule de foin de dimension hypersidérale qui se meut en mouvement perpétuel aux confins de I'Univers à une vitesse supérieure à celle de la lumière.

C'est pourquoi maintenant je me fais minuscule.

Minuscule comme une chiure d'A.D.N. constipé.

Et c'est la raison pour laquelle je suis triste.

Triste comme une Madeleine dépressive en deuil sous la pluie nocturne d'un cimetière et qui écoute une toune de Jacques Brel sur une station AM.
Je voudrais être mort.

Mort comme un mort.

28 octobre 2009

Che vuoi ?

Après beaucoup de temps, de passages à autre chose, d'oubli, me prend à nouveau l'envie de me plonger dans la lecture de Lacan. Les Écrits sont là, ils me regardent de leur étagère, rangés au côté de Démasquer le réel de Serge Leclaire, dont je ne me souviens même plus si je l'ai lu ou pas, du moins en partie... (quand je vous parle d'oubli...).
Ce n'est qu'une envie qui passe, un petit goût de revenez-y que je ne ne suivrai pas dans l'immédiat (je passe ma vie à être talonnée par ce genre d'envies) ; mais j'ai l'impression que je pourrais y trouver des mots qui collent aux questions qui me fouaillent aujourd'hui.
Notamment, la question de la demande. Quel est ce monde trop vaste, ce tout-et-rien, "objet a", que, semble-t-il, je ne puis me défendre de demander à autrui ? "L'absolu," "l'essentiel," ces mots reviennent mécaniquement sous ma plume, masques de carton d'un insaisissable que mon désir crie et tait.
Je n'ai pas envie de voir cela comme une sentence, cette idée qu'à l'Autre (avec toutes les majuscules nécessaires) j'en demande fatalement trop. Que je demande au-delà. M. m'avait dit il y a six ans que je pourrais manger le monde entier. Et pourtant, tout en attendant tout je n'appelle rien. Je serais une Gertrud résignée...

Je suis, sur ce sujet, d'une extrême confusion.
" Emportez-moi dans une caravelle,
Dans une vieille et douce caravelle,
Dans l'étrave, ou si l'on veut, dans l'écume,
Et perdez-moi, au loin, au loin.

Dans l'attelage d'un autre âge.
Dans le velours trompeur de la neige.
Dans l'haleine de quelques chiens réunis.
Dans la troupe exténuée des feuilles mortes.

Emportez-moi sans me briser, dans les baisers,
Dans les poitrines qui se soulèvent et respirent,
Sur les tapis des paumes et leur sourire,
Dans les corridors des os longs et des articulations.

Emportez-moi, ou plutôt enfouissez-moi."

- Henri Michaux, L'espace du dedans (1929)

27 octobre 2009

Combat pour soi

"To be nobody but yourself in a world which is doing its best - night and day - to make you like everybody else - means to fight the hardest battle any humain being can fight - and never stop fighting."
- e.e.Cummings
"Il y a deux sortes de gens.
Il y a ceux qui vivent jouent et meurent.
Et il y a ceux qui ne font jamais rien d’autre que se tenir en équilibre sur l’arête de la vie.
Il y a les acteurs.
Et il y a les funambules."

- Maxence Fermine, Neige

Va petit mousse, le vent te pousse

"Be content with what you have; rejoice in the way things are. When you realize there is nothing lacking, the whole world belongs to you."

- Lao Tzu
" In this book, his father had written as an inscription & directive, write what you want. every day, or as often as you can, write what you want. that way, whenever you’re confused or rudderless, you can look to this book, & be reminded where you want to go & what you’re looking for…this journal was for positive wants, not negative wants. when you wanted something negative, it didn’t count, he said. a want should be positive, his father had said. a want should improve your life while improving the world, even if just a little bit."

- Dave Eggers, The wild things

24 octobre 2009

Tyler says evolve

Je n'aime pas évoquer le passé, quand celui-ci me tire vers le bas, vers des lourdeurs que j'ai dépassées. J'ai encore l'habitude de dire de moi-même des choses que ces derniers mois ont rendues fausses, ou que mon élan contredit.
De plus en plus, j'ai l'impression qu'en les énonçant, de manière mécanique et irréfléchie, parce qu'avec le temps ces choses se sont collées à mon identité, je ne fais que prolonger artificiellement mon propre malheur.
Je ne suis pas mes mauvaises habitudes. Je ne suis pas mes ancêtres, ni mon enfance, ni mon éducation, ni ma ville natale. Je ne suis pas ce que je porte avec moi. Ni ce que le jugement hâtif d'autrui aimerait me faire porter.

You are not your job. You are not how much money you have in the bank. You are not the car you drive. You are not the contents of your wallet. You are not your fucking khakis. You are the all-singing all-dancing crap of the world.
Je ne veux plus lancer des malédictions contre moi-même.
Je choisis. Je veux être une force qui va.


22 octobre 2009

Joies du jeudi #16

* Achever de faire le tri dans mes affaires au bureau pour préparer mon départ ; je n'ai plus qu'à remporter toutes mes affaires personnelles.
Voir dans le changement imminent auquel je me prépare l'occasion de travailler à des évolutions personnelles plus amples. Notamment, revenir à mes résolutions aoûtiennes de recherche de mon propre centre et d'une vie plus épurée.
J'ai aussi pris acte du changement de saison, ai rangé les étoffes légères, les sandales et les pantalons clairs, pour sortir manteaux, laines, écharpes. J'aime bien la nouvelle tête toute colorée de mon dressing, avec ces piles de pulls encore bien rangés, qui sentent déjà la saison des fêtes. Haut les cœurs, dans deux mois c'est Noël.

* Être surexcitée, ravie puis bouleversée par trois courts ballets de Trisha Brown au Théâtre National de Chaillot.

* Goûter du miel, du tajine aux olives, du bortsch pimenté, du riz léger, des crevettes au curry, et le jus de carotte au gingembre de la Rose Bakery.

* Écouter les Flobots, Jack the ripper et Jeanne Cherhal. Sentir l'ampleur de ma voix quand elle se donne dans les graves. Redécouvrir les paroles d'une des chansons les plus importantes de ma vie. Parler comme on danse, en pleine attention aux mots. Avec l'un, niveau soutenu. Avec l'autre, grasse gouaille. Avec un autre encore, dépassement des faibles mots de la tribu. Mes paroles font leur gymnastique.
* Revoir des amis québécois qui n'étaient pas venus à Paris depuis plusieurs années, et retrouver pour eux la même tendresse évidente. Vivre un weekend de rencontres joyeuses et de discussions à bâtons rompus. Rire avec des inconnus. Me sentir parmi mes semblables comme un poisson dans l'eau … voire comme le gamin dissipé au fond du bus.

* Dans les sous-bois où la vue se brouille, chercher, au pied des grands arbres, le trésor d'ambre des châtaignes. Serrer les grosses bogues entre les pointes de mes bottes et hop, ramasser le fruit offert. Se brûler un peu les doigts, garder une petite écharde qui sent la forêt à la pointe de mon doigt. Aimer la pluie.

Faire

“If you observe a really happy man you will find him building a boat, writing a symphony, educating his son, or looking for dinosaur eggs in the Gobi Desert.”
– W. Béran Wolfe

“Find a happy person, and you will find a project.”
– Sonja Lyubomirsky

20 octobre 2009

O.S. de la chance

J'ai lu ce matin un article de Richard Wiseman dans le Telegraph qui m'a confirmée dans l'idée que l'attention aux signes venait directement enrichir la vie. Comme les bonnes pensées bien nourries en viennent à se reproduire, la mémoire et l'inspiration s'entretiennent, la chance peut être le résultat d'un travail.
"(…) unlucky people miss chance opportunities because they are too focused on looking for something else. They go to parties intent on finding their perfect partner and so miss opportunities to make good friends. They look through newspapers determined to find certain types of job advertisements and as a result miss other types of jobs. Lucky people are more relaxed and open, and therefore see what is there rather than just what they are looking for. My research revealed that lucky people generate good fortune via four basic principles. They are skilled at creating and noticing chance opportunities, make lucky decisions by listening to their intuition, create self-fulfilling prophesies via positive expectations, and adopt a resilient attitude that transforms bad luck into good."

Paroles en bout de nuit

“When we speak of humanity, the idea is fundamental that this is something which separates and distinguishes man from nature. In reality, however, there is no such separation: “natural” qualities and those called truly “human” are inseparably grown together. Man, in his highest and noblest capacities, is wholly nature and embodies its uncanny dual character. Those of his abilities which are terrifying and considered inhuman may even be the fertile soil out of which alone all humanity can grow in impulse, deed, and work.”

- 1872 Nietzsche, 1872 -

*

Guess your dreams always end.
They don't rise up, just descend,
But I don't care anymore,
I've lost the will to want more,
I'm not afraid not at all,
I watch them all as they fall,
But I remember when we were young.

- Joy Division, "Insight", Unknown Pleasures -
*

"La nuit venait sur nous. Repoussés, nous gémissions. "Combien, disions-nous, cela va-t-il durer ?" Nous le disions à tout bout de champ, mais sans quitter pour autant ces façons d'agir, faute d'entrevoir, si nous les eussions quittées, aucune lueur de certitude à saisir. "

- Saint-Augustin, Confessions, livre sixième -


18 octobre 2009

Rêve-volition

J'ai eu l'occasion de débattre brièvement samedi de la question de l'égoïsme, et de comment celui-ci peut s'articuler avec une éthique (à défaut de morale) et un humanisme quand même. Y aurait-il quelque chose de vaguement répugnant dans l'idée que l'on puisse faire le choix d'une certaine "bonté", non par principe ou par respect pour un idéal, mais parce que ce choix permet une vie meilleure, pour soi, aujourd'hui et maintenant ?
Une nuit de sommeil plus tard, je me fis la réflexion suivante : je me sens appartenir au camp des gentils et il peut m'arriver d'être une prosélyte de la gentillesse (au point d'imaginer avec certains amis de faire un défilé de la "Nice Pride", en réponse aux reproches souvent entendus d'être "trop gentil/le"). Mais ai-je réellement choisi cette gentillesse ? ou ne construis-je des principes qu'a posteriori, autour de mon petit coeur tout mou, pour en justifier les faiblesses? Je n'ai plus un souvenir très précis de la Généalogie de la morale de Nietzsche, mais il me semble que le propos tenait un peu à cela. J'avais lu ce livre deux fois, à un an d'écart ; la première lecture fut très violente, je pris le livre pour une attaque personnelle et luttai pied à pied contre chaque paragraphe comme un corps qui réagit à un poison ; la seconde fut de pure jouissance et complicité, j'étais cette fois avec Nietzsche, je ne comprenais même plus comment j'avais pu vivre cette lecture dans une telle tempête.

Toujours sur la question de l'égoïsme : je me plais à croire que la recherche d'un certain avènement à soi est une étape nécessaire pour avancer vers une sagesse, voire vers l'effacement de l'ego, et assurément pour offrir aux autres une pleine conscience, attention et bienveillance. C'est par là que passerait aussi un authentique progressisme politique (de même, que serait une société où l'on ne confondrait plus les faits et leur représentation?).
Je n'ai pas lu son Red Book, mais j'avoue avoir été assez séduite par ce que j'ai pu lire sur le web de la "spiritual cowgirl" Sera J.Beak, et notamment sa définition de la "Redvolutionary":

" A Redvolutionary is someone who does not play by the social, religious, cultural, sexual, or political rules. She affects change by daring to be herself, forging a unique path, and serving her planet authentically through “ecstatic actvism”. She’s a kind of “spiritual superheroine,” rebelling against dogma and ideology in order to experience a direct and intimate relationship with the divine. She has a fearless commitment to truth and freedom, healing and empowerment, sex toys, red wine, and gold body glitter…for all. (...) A redvolutionary is not here to save the world, she’s here to serve the world. Or, another somewhat paradoxical way to look at it is a redvolutionary helps save the world by saving her self. (…) And the cool thing is, we’re more effective with our acts of service because they stem from this deep inner well of wisdom, love, and fiery freedom. We don’t burn out so easily because we’re not relying on our personal power alone, but also the power of everything and everyone we are connected to and the slap-happy holy moly Universe itself. We are a non-stop love conduit of blaring bliss. A spirited energizer bunny on 34 cups of cosmic caffeine. A secret agent of radical red change. When we become redvolutionary, we are tagged and We are It. So here’s a little Redvolution ditty for ya:
When you breathe Red, you dare to be yourself
When you are yourself, you are of service

When you are of service, you help heal this planet

And you can do it all while wearing seriously cute shoes "

So, would you join the Redvolution?

16 octobre 2009

Joies du jeudi #15

* Les apéricubes, les dattes de Bahreïn, le kir-châtaigne, le génépi, le cake à l'angélique confite de Nicolas P., la terrine de joue de bœuf et le raisin frais.

* Passer une soirée furieusement queer, avec tout plein de jolis gens déguisés en Romains.

* Chanter, fort, ensemble, à pleines turbines. * Me faire de nouveaux amis, en revoir d'anciens, passer du temps de qualité avec mon père.

* Redécouvrir le bonheur d'écouter un de mes albums préférés, que je n'avais pas écouté depuis longtemps.

Any major dude with half a heart surely will tell you my friend
Any minor world that breaks apart falls together again
When the demon is at your door
In the morning it won't be there no more

* La certitude que, quelque frêle que soit mon esquif, quelque violente que soit la tempête, je peux prendre l'eau mais je ne coulerai pas.

Huh, please don’t you rock my boat
’cause I don’t want my boat to be rockin’ anyhow
Please don’t you rock my boat, no
’cause I don’t want my boat to be rockin’