30 décembre 2011

Joies du jeudi #47


* Découvrir au retour d'une journée de travail mon nouvel appartement transfiguré par un mur d'étagères montées par mon compagnon. Je n'ai emporté qu'une partie de mes livres, je pense qu'ils y seront bien.

* Commencer la lecture du second tome de Quai d'Orsay, que je trouve encore plus génial que le premier. Chaque page, chaque case presque est une nouvelle source d'enthousiasme.

* Passer du temps avec mes deux plus vieilles amies, qui vivent désormais en province et que je ne vois plus assez souvent, mais qui me conservent une fidélité bénie. Me couler avec une délectation paresseuse dans la tranquillité versaillaise. Déjeuner chez ma cousine. Fêter Noël en famille, m'y trouver si bien. Les trois derniers jours des vacances ont été parfaits de calme et de passivité. Dans cette période de trouble, où au sens propre comme figuré je ne sais plus où j'habite, retrouver tout cet immuable m'a fait un bien fou. J'ai eu le sentiment de respirer à nouveau, comme si je pouvais enfin arrêter de nager, reprendre mon souffle et me laisser flotter.


* Porter de nouvelles boucles d'oreilles made in Vietnam.

* Voir un peu de statuaire grecque au Louvre.

* Partager mon premier dîner au 92 rue de Clignancourt.

* Être habitée après une répétition par la poésie de Saint-John Perse

… Étroits sont les vaisseaux, étroite notre couche.
Immense l’étendue des eaux, plus vaste notre empire
Aux chambres closes du désir.


* Retrouver la santé comme on se réveille d'un vilain rêve.

* Me laisser hypnotiser par les élucubrations électro de 2manydjs à la grande halle de la Villette.

* M'offrir une tranche de rire au concert des 25 ans de Chanson + Bifluorée.

* Dîner avec mon ami JPM et en apprendre de belles sur la vie à Paris au XIXème siècle. Saviez-vous que les Buttes Chaumont, qui font aujourd'hui le ravissement des bobos pique-niqueurs, on été bâties sur un gros tas d'étrons humains ? 

10 novembre 2011

Out of Neverland


" Tous les enfants, sauf un, grandissent. "
- JM Barrie

Enfant, j'ai beaucoup lu ; j'ai pris l'habitude d'étendre ma vie présente par toutes ces vies parallèles qui m'étaient données dans les romans. A travers ces personnages de papier, j'étais adulte déjà. Entre mon existence concrète et quotidienne et toutes les vies additionnelles offertes par la littérature ou le cinéma, les niveaux de réalité étaient brouillés. 

 
Quelque chose m'est resté de cette époque sans doute : la croyance confuse que la vie d'adulte reste à venir, ou qu'elle s'attrape dans les livres. Je travaille de toutes mes forces à accepter l'idée que le moment est venu de prendre ma vie à bras-le-corps, et qu'aucun narrateur ne sera là pour l'écrire, aucun, sinon moi.

Je pense à ce film curieux et très drôle, Des nouvelles du Bon Dieu, où des égarés aux noms de héros littéraires cherchent à rencontrer leur auteur, pour qu'il retouche le piteux cours de leur vie…

Le moment est venu de vivre ma vie ...et de peut-être écrire celles des autres, celles que le temps qui m'est alloué et le hasard divin ne m'autoriseront pas à expérimenter dans ma chair.
 


Rêver est une activité d'enfant ; vivre ses rêves est une activité d'adulte, car elle passe inévitablement par le fait d'assumer la pleine responsabilité de sa vie, c'est-à-dire de ce qui a pu nous arriver par le passé comme de ce qui pourra nous arriver à l'avenir…et du présent.

9 novembre 2011

Whatever

“Whatever the present moment contains, accept it as if you had chosen it.” 
~Eckhart Tolle

Hamlet dit que rien en soi n'est bon ni mauvais, c'est la pensée qui donne aux choses leur valeur et leur polarité.
Quoi qu'il arrive, ce sera bien.
Il n'y a pas de mauvaises herbes.

8 novembre 2011

(petit) livre des changements


A quoi reconnaît-on que l'on change ?  
Ce peut être quand certains comportements qui nous étaient habituels causent un écoeurement parfois diffus, parfois net.
 
Premier exemple :
Je ne supporte plus de me voir réagir au quart de tour à une remarque blessante, ou tout autre comportement ressenti comme une agression. Dans la majorité des cas, je suis frappée (et freinée) par le fait que l'autre n'avait pas réellement la volonté de me blesser, mais qu'il exprimait un manque ou une souffrance de son côté.
Si malgré tout je laisse échapper une réaction épidermique, je me sens gênée non pas parce que c'est "mal", mais parce que c'est inutile. Répondre par un message désagréable à un message désagréable est une dépense d'énergie d'autant plus vaine qu'elle ne défoule même pas vraiment sur le moment. Inversement, une écoute attentive aux besoins de l'autre comme aux siens peut apaiser miraculeusement.




Deuxième exemple :
L'autre soir, je suis passée dans la maison de mes parents, où j'ai entreposé la majeure partie de mes affaires en attendant de pouvoir emménager. Des meubles, des cartons, des sacs… sans lesquels j'ai très bien vécu depuis deux mois. Il n'y a dans le tas qu'une ou deux choses qui m'ont manqué, paradoxalement les plus futiles : des éléments de déguisements - à moins que ce soit précisément ce que je possède de plus sérieux et essentiel… Surtout, j'ai été prise face à cet entassement d'une impérieuse envie de fuir, ou de me débarrasser de ce fatras pour m'en tenir au volume de possessions avec lequel j'ai estimé que je pouvais vivre de manière "temporaire". C'est déjà beaucoup en fait, et largement suffisant pour s'installer dans ce "temporaire". Autant dire que je sais désormais avec certitude que je peux me sentir chez moi et à mon aise sans être dans l'accumulation.


Troisième exemple :
A mon dernier passage gare St Lazare, je suis tombée dans un piège qui m'aspire avec une belle régularité depuis dix ans que j'ai de l'argent à dépenser : acheter plus ou moins compulsivement des objets censément "utiles" (en l'occurrence, des collants) et censément "soldés" sur un stand temporaire en pleine gare. La somme n'était pas importante, mais je crois que j'ai envie de jouer le jeu de ne pas me procurer de nouvel objet dont j'ai déjà suffisamment d'exemplaires à ma disposition. J'ai été dégoûtée d'avoir triché à mes propres règles, comme si je m'étais flouée d'un plaisir attendu. Étonnant, non ?


7 novembre 2011

Ce dont on ne peut parler, il faut le taire

"Lorsqu'on commence à parler du Tao, ce n'est déjà plus le Tao."   
- Pierre Mayol


  "A partir du moment où on essaye d'analyser ou d'expliquer une chose,
on perd l'essence même de la chose.
Et la vie elle-même est au-delà de toute définition,
il suffit simplement de l'éprouver et de la vivre." 

- Jacques Mayol (plongeur en apnée, "l'homme-dauphin")

6 novembre 2011

Clémence

Il y a tant de choses que j'ai envie de faire mieux, ou plus souvent, jusqu'à parvenir à un sentiment d'accomplissement. Chanter, dessiner, écrire, danser, ce qui m'est essentiel mais que je tends à oublier (comme un joueur peut oublier de se nourrir quand il est pris par son jeu). Recevoir, aider, être plus proche de mes proches, une meilleure prochaine pour mon prochain, aller à la rencontre de l'inconnu, élargir mon cercle d'amis sans perdre personne de vue. Être attentive au bien-être de mon corps, de ma tête et à mon équilibre émotionnel. Apprendre, découvrir, me souvenir. Gagner en profondeur et en surface. Lire, aller à des concerts, me nourrir de beauté, marcher en forêt, ramasser des châtaignes, connaître le nom des arbres et des champignons.
Tant de choses que j'aime, sans compter celles que je n'aime pas encore mais qui pourraient aussi m'aspirer…
Face à toutes ces envies, je tends à ressentir surtout la frustration de ne pouvoir tout vivre et tout faire, et à me sentir terriblement limitée, handicapée par ma tendance à la dispersion. 

Ce matin, dans la clémence d'une délicieuse lumière d'automne, dorée, généreuse, j'ai découvert que je pouvais aussi m'accorder ce luxe : me réjouir et me féliciter de ce que je fais, et des progrès déjà accomplis.
Après des années de découvert et d'encombrement, je me vois enfin parvenir à l'équilibre et à plus de simplicité.
Je fais tous les jours des choses que j'aime, je passe de plus en plus de temps avec des gens qui me font réellement du bien.


J'apprends à cuisiner de bonnes choses.
Tous les jours, j'apprends sans forcément m'en rendre compte. Un jour, je m'apercevrai du chemin parcouru : rien de sert de courir, mais il faut continuer à avancer.

11 septembre 2011

Croître et embellir


" Sortir de son monde, ou de son Moi habituel, est une expérience transcendentale. Cela arrive à la plupart des gens et dure plus ou moins longtemps. Ces expériences ont en commun une impression de détente, une sensation de libération et la découverte d'un Soi pleinement vivant, qui réagit de façon spontanée. Mais de telles transformations sont le fait du hasard et on ne peut ni les prévoir ni les programmer. Malheureusement, elles cessent souvent aussi soudainement qu'elles avaient commencé ; le carrosse étincelant redevient citrouille en une nuit. On reste abasourdi : quelle est la vraie réalité de l'être ? Pourquoi ne peut-on pas rester dans cet état de liberté ?
(...) Si l'on recherche la transcendance, on peut avoir de nombreuses visions, mais on s'arrêtera certainement là où l'on a commencé. Si l'on opte pour la croissance, on peut avoir quelques instants de transcendance, mais ce seront des sommets sur la route régulière menant à un Moi plus riche et plus solide.
La vie elle-même est un processus de croissance, qui commence par la croissance du corps et des organes, passe par l'établissement de la dextérité motrice, l'acquisition du savoir, l'augmentation des connexions, et finit par une sommation de l'expérience qu'on appelle sagesse. Ces divers aspects de la croissance se recouvrent, puisque la vie et la croissance s'insèrent dans un environnement naturel, culturel et social. Bien que la croissance soit un processus continu, celui-ci n'est jamais uniforme. Il y a des périodes de ralentissement, pendant l'assimilation de l'expérience, qui préparent l'organisme à une nouvelle ascension. Chaque ascension conduit à un nouveau sommet et crée ce que nous appellerons une expérience culminante. Chaque expérience culminante doit à son tour s'intégrer à la personnalité pour qu'une nouvelle croissance puisse avoir lieu et que l'on finisse par atteindre la sagesse. J'ai signalé un jour à Reich que je connaissais la définition du bonheur. Il haussa les sourcils, me regarda d'un air railleur et me demanda ce que c'était. Je répondis : Le bonheur c'est la conscience de croître. Ses sourcils retombèrent, tandis qu'il commentait : Pas mauvais.


Si ma définition a quelque validité, cela suggère que la plupart des gens entreprennent une thérapie parce qu'ils sentent que leur croissance s'est arrêtée. Assurément de nombreux patients comptent sur la thérapie pour faire redémarrer le processus de croissance. La thérapie en est capable si elle procure de nouvelles expériences et aide à écarter ou à amoindrir les blocages ou les obstacles qui empêchent d'assimiler l'expérience. Ces blocages sont des schémas de comportement structurés qui témoignent d'une résolution peu satisfaisante, compromis avec les conflits infantiles. "

Dr Alexander LOWEN
La Bio-Energie

7 septembre 2011

De une à deux

Je me souviens d'une question d'oral d'école de commerce il y a bientôt dix ans (pour une de ces épreuves de débat où il faut argumenter sur à peu près n'importe quoi) formulée ainsi : Vaut-il mieux un petit chez soi ou un grand chez les autres ? A l'époque, j'étais farouchement attachée au fait d'avoir un "petit chez moi" qui soit un espace entièrement privé, dont j'aie seule le contrôle. Mon image du "grand chez les autres", c'était la maison familiale, certes très vaste mais dépourvue d'endroit qui puisse être pour moi un lieu de repli ou de secret. Les portes fermaient mal ou pas du tout, le son voyageait facilement entre les étages, les meubles étaient de famille - mon véritable espace privé, c'était les carnets où j'écrivais. La conquête d'une porte dont je puisse seule avoir la clé fut pour moi vécue comme celle d'une vie que je puisse mener sans que quiconque y ait droit de regard. - C'est étonnant d'ailleurs de voir comme, aujourd'hui encore, je garde un égal amour pour les lieux de secret et les lieux d'exposition, comme la scène : cet endroit magique où l'on est à la fois vu et pardonné. Comme le monde des chrétiens en somme : Dieu y sonde les reins et les cœurs, mais son fils a tout racheté…
Autant dire que je ne partageais pas la vision de mon compagnon de l'époque qui, ayant longtemps été hébergé par des amis, adhérait tout à fait au partage collectiviste d'un "grand chez les autres".
Pendant toute ma vie d'étudiante et de jeune active comme ils disent, j'ai fui les possibilités de colocation en dépit des loyers parisiens prohibitifs. J'ai jubilé de pouvoir, aux moments que je choisissais, ouvrir ma porte à qui je voulais.
Mais rien n'est éternel, et depuis que j'ai laissé souffler sur mon paysage le wind of change, je suis pour ainsi dire prête à tout, et surtout à l'inédit. Je découvre donc à bientôt trente ans ce que la plupart de mes proches ont pu expérimenter bien avant : les joies exotiques de partager un appartement. Et là je me rends compte que, prise que j'étais par les préparatifs du déménagement, je n'avais pas du tout anticipé le changement de paradigme complet que cela pouvait signifier pour moi. Raisonner non plus pour une, mais pour deux. Agencer un espace d'une manière qui puisse convenir à deux intelligences fonctionnant selon des mécanismes très dissemblables (en gros : un cerveau gauche / un cerveau droit). Découvrir d'un même coup les mille petites habitudes de l'autre (auxquelles on fait beaucoup moins attention quand on ne vit pas réellement ensemble au quotidien), et les miennes propres, par contraste. Ce dernier point est presque le plus troublant. Par quels étranges détails viennent se dessiner les frontières de notre zone de confort - la place des choses, le temps des rituels quotidiens. Cela fait pile dix ans que je vivais avec moi-même, il était temps d'essayer autre chose.
Le titre de ce billet est un clin d’œil destiné à l'excellent Marc Bonheur, qui en sait un bout sur ce que s'apprivoiser à l'autre veut dire. Mesdemoiselles, je vous invite vivement à découvrir son site : http://www.lemodedemploi.com/

3 août 2011

Minimal compact

On dit des déménagements qu'ils sont souvent vécus comme des sources de stress violent, si ce n'est des événements traumatiques, dans la même catégorie qu'un licenciement, un divorce ou même un deuil. Et pourtant, contrairement à ces derniers aléas, un déménagement est généralement choisi, et il accompagne souvent une progression. J'en ai peu vécu pour ma part, surtout si je compare mon existence très sédentaire de ces dernières années à celle d'amis beaucoup plus nomades, à commencer par ma co-bloggeuse préférée.

Mon "vrai" premier déménagement, c'est celui que je suis en train de préparer à présent, puisqu'il s'agit de quitter mon premier "vrai" appartement - le premier dans lequel j'aie mis des meubles auxquels je tenais, et auquel je me sois réellement identifiée. Car oui, on peut s'identifier aux objets et aux lieux, et avoir l'impression de livrer une vérité sur soi-même quand on dit "j'habite dans le 9ème" ou qu'on accroche un ikat sur son mur.

C'est peut-être pour cela que le fait de mettre toutes ses petites affaires dans des cartons est une opération aussi troublante. On fait l'inventaire. Je n'ai pas attendu cette occasion pour découvrir que l'encombrement matériel était un de mes problèmes de fond (et de forme), mais la tentation est très vive de m'installer dans quelques mois dans un appartement refait à neuf avec un bagage très réduit par rapport au volume d'objets qui occupe mon nid actuel. A chaque objet que je mets en boite, se pose la question de ce qui l'a amené dans ma vie, de la place qu'il y occupe et du sort que je peux vouloir lui réserver.

La relation que j'entretiens avec eux est paradoxale. D'un côté, je me suis toujours trouvée à peu près incapable de créer une décoration minimaliste ; pour me sentir chez moi, j'ai tendance à marquer, accumuler, exposer, surdécorer. Et à l'inverse, je ne me sens jamais aussi bien que quand mes possessions se trouvent résumées à une valise et son contenu. Il m'est apparu ce matin que le besoin d'accumuler, qui fut très fort dans les premières années de ma vie d'adulte, ressortait du besoin de signaler matériellement mon existence. Chez mes parents, dont la maison déborde d'objets de famille et de souvenirs de voyage, je me suis bâti des murailles de livres. Ce sont leurs tranches familières qui me disent que je suis chez moi, et que je mène une existence distincte, bien réelle. A côté de la platine de mon enfance, j'ai amassé des disques qui, dans cet univers qui est celui des miens sans être le mien, viennent matérialiser mon monde personnel.

Il me semble aujourd'hui que je n'ai plus besoin d'en passer par là pour me prouver à moi-même que j'existe bien. Au contraire, mon essence la plus réelle, ce qui existe le mieux, c'est ce que je peux emporter partout avec moi sans avoir à l'envelopper dans du papier-bulle et du carton. Ma conscience du monde suffit à me faire être sans que j'aie à m'épaissir d'objets.

1 août 2011

Leur coeur était ouvert aux pluies

"Devant la mort nous serons comme à notre naissance, radicalement privés de toute puissance. C'est à cette faiblesse en nous que l'amour devrait s'adresser pour ne jamais se perdre."

"La sainteté n'est rien de ce qu'on imagine. J'ai rencontré aujourd'hui une troupe de primevères bavardant à l'air libre et faisant de leurs bavardages une prière qui montait droit au ciel. Leur cœur était ouvert aux pluies, aux sécheresses et même à l'arrachement. Ne pas choisir dans ce qui vient était leur manière impeccable d'être saintes. (...)

La vie s'attriste de ne pouvoir nous atteindre que rarement."

"Ce n'est pas sa beauté, sa force et son esprit que j'aime chez une personne, mais l'intelligence du lien qu'elle a su nouer avec la vie."

"Le diable sans aucun doute aime ce qui est fluide, rapide et lisse. Il raffole de l'électronique et de ce qui peut nous rendre la vie plus facile jusqu'à nous faire oublier de la vivre. S'il y a un enfer, et il y en a un, et nous y sommes, il nous y aura menés gentiment, par légères poussées, sans aucun drame. Escamoter le réel, c'est son charme. (...) L'argent permet à ceux qui le possèdent d'ignorer la rudesse de la matière, et le diable, on ne le sait pas assez, déteste la matière autant qu'il déteste Dieu : l'angélisme est sa vraie nature."

- Christian Bobin, Ressusciter

21 juillet 2011

Joies du jeudi #46

Pourquoi ne pas revenir à ce petit exercice de gratitude et d'enthousiasme ?

Voyons ce que m'ont apporté les 7 deniers jours :

* Manger du steak tartare à la coriandre, de la betterave crue, du thon à la plancha et autres réjouissantes fraîcheurs.

* Me lover dans le soleil de l'après-midi.

* Jouir de la temporalité reconquise des vacances. Quel luxe merveilleux que de pouvoir vivre chaque action, chaque séquence de la journée jusqu'au bout, sans avoir à interrompre son élan pour passer à autre chose. Je veux parvenir à retrouver cette même temporalité en dehors des vacances et jours fériés. C'est incomparable en termes d'intensité vécue. Faisant une avec l'action, cette dernière me transforme et m'enrichit.Lien

* Jouer à Kahuna et Coloretto. Dénicher Schotten-totten et The Big Idea à la boutique du Ludomancien. Découvrir la tranquille simplicité de la vie de quartier à Montreuil. Un quartier, ça devrait toujours être aussi évident : un endroit où, quand on gratte une vitrine, les voisins qui passent vous apportent du white-spirit, vous souhaitent bon courage ou vous demandent de l'aide pour enlever la colle qui est restée sur leurs doigts.

* Revoir de vieux amis de passage. Essayer différentes combinaisons sirop Monin / vodka / Perrier. Mention spéciale pour la cerise et la poire + citron vert frais.

* Découvrir l'oracle Belline avec une amie cartomancienne de grand talent. Je suis très sensible à la beauté des symboles, et je vis toujours la divination comme un renforcement de l'amor fati. Si l'expérience vous intéresse : tirage.belline@gmail.com


* Faire une pizza de A à Z.

* Avoir droit à une séance de coaching au pied levé par Marc Bonheur. Recevoir des coups de fil inopinés d'amis que je n'ai pas vus depuis des mois, et rêver avec eux de cyclotourisme le long d'un canal breton, de ramassage des châtaignes l'automne venu et de balades en forêt.

* Revoir mon chef. Avoir un bon chef, c'est une vraie chance.

* Avancer vers la solution de mes préoccupations concrètes. Faire, nettoyer, calculer, choisir, résoudre.

* Avoir un coup de foudre olfactif pour Musc Kublai Khan de Serge Lutens.

* Donner le coup d'envoi à un projet de spectacle collaboratif entre la Compagnie de l'Arme Blanche et Fihn Razhel. Apprécier les voix claires, sombres, pimentées. Lire des poèmes de Pavese.

Sur une route de campagne

"Il n'y a rien de caché, tout est là sous nos yeux, la vie passée, la vie présente et la vie future, comme trois petites filles échangeant en riant des confidences sur une route de campagne."

"J'ai toujours l'espérance de grandes choses. J'ignore en quoi elles consistent et je les attends sans impatience. Il est même possible qu'elles soient déjà venues sans que je m'en sois rendu compte. Mon âme est comme un chien en arrêt devant un buisson, aux aguets d'un gibier proche et invisible. Bien sûr je n'attrape jamais rien, aucune proie, juste, et c'est suffisant, la certitude éblouie d'avoir entrevu une chose plus grande que ma vie et pourtant accordée à elle, une lumière si pure qu'elle en est presque cruelle."

- Christian Bobin, Ressusciter

20 juillet 2011

Je n'ai pas peur de la route

"On ne peut pas se permettre de traverser l'existence avec l'impression qu'elle nous brisera si on ne fait pas attention, car c'est sûrement ce qui se passera alors."

- Dr Alexander Lowen -

"Avance sur ta route, car elle n'existe que par ta marche."

- Saint Augustin -

18 juillet 2011

Je décide

Récemment, je me suis sentie de plus en plus gênée à chaque fois que je commençais une phrase par les mots : "Il faudrait que je…". Je sentais bien que ces mot-là me venaient plus par habitude mentale que parce qu'ils étaient réellement choisis et pondérés. En les prononçant, je ressentais donc la même gêne que quand je me surprends à des facilités langagières (expressions contagieuses, style relâché et gimmicks sans intérêt), ou quand j'entends, dans la bouche de gens que je connais bien, des opinions dont je peux tracer la provenance, et dont je sais par conséquent qu'elles ne sont pas réellement pensées mais simplement héritées. Dans ces deux cas je ressens de la gêne, car dans le premier j'ai l'impression d'être un pantin (ou contaminée par une sorte de virus qui ronge la pensée), et dans le second, je n'ai pas l'impression que l'autre me fasse la grâce d'être réellement présent devant moi, mais qu'il a dépêché pour s'adresser à moi une sorte d'hologramme ou de répondeur automatique.
Quand je disais "Il faudrait que je…", en sus de cette gêne, je ressentais autre chose : un vague sentiment d'échec, d'écrasement, de découragement. Tout le contraire d'une prise-de-puissance (je cherche une traduction au mot anglais empowerment).

Plutôt que "il faudrait que je…", dire : "je décide de…", "je choisis de….", "j'ai envie de…", "je vais…!" - et déjà je me sens plus solide sur mes pieds.
Plutôt que "oui, mais…", dire : "oui, et", ou "non, parce que", ou "attends, il faut que j'y réfléchisse". *


" Words filter into our subconscious & tell stories about ourselves. For example, there are some words that absolutely are not helpful to us. The word "try" indicates that we are not really in control. If we say we will try to be on time, we will try to do a good job, etc., it's all very wishy-washy. "Try" doesn't really mean anything. Maybe we'll succeed, maybe we won't. We could take the word out entirely & our lives would have much more purpose -- i.e. "I will be on time" or "I will do a good job". Doesn't that feel better, & more decisive? As well as making us feel more powerful & in control of our own destiny, it also gives our mind a strong message, which is one of success. Another word which falls into this category is "can't". The word "can't" indicates that there is something in the way over which we have absolutely no sway. Why not replace it with "won't"? It is more honest! Instead of saying, "I can't clean the house", why not just say, "I won't clean the house"?! "

- Gala Darling, Love & Sequins #5

* Merci à Marc Bonheur qui m'a inspiré ce billet

Revenir à ce qui est

"Nous voilà face à une voie concrète qui va produire des fruits peu à peu, parce qu'on peut s'exercer, s'entraîner, mettre un pied devant l'autre et avancer. Cette voie consiste à revenir à la vérité de l'instant, à juste ce qui est, que ça me convienne ou non.

L'existence, le monde ne tient pas compte de cette demande personnelle, de cette nostalgie qui réclame que la réalité me plaise toujours : si le monde était vraiment bien fait, il répondrait toujours à mon attente du moment. (...) Or, ce n'est pas ainsi que cela se passe. (...) C'est là qu'une pratique devient possible, très concrète et susceptible de vous faire vraiment progresser, une pratique que le moi séparé ne peut pas récupérer, qui efface ce moi dans l'instant. C'est tout simplement l'application de la formule : Pas ce qui devrait être mais ce qui est (...). Il s'agit de ce qui est là tout de suite, en moi et en dehors de moi. Et rien d'autre."

"C'est en refusant non seulement le fait, mais aussi l'état pénible qui en résulte que vous avez vécu jusqu'ici à peu près toutes vos émotions : dans le refus. Nous souffrons de souffrir et il y a là une deuxième réaction, une réaction au second degré, une deuxième dualité qui s'exprime par : je ne suis pas d'accord pour être malheureux. (...) La vérité proclame je suis ce que je suis – au niveau changeant comme au niveau ultime. (...) Puisque c'est, je ne refuse plus, je fais l'expérience de ce vécu intime quel qu'il soit, aussi douloureux qu'il m'apparaisse au premier abord. (...) Je m'incline – et j'agis. Avec ce que j'ai d'intelligence, ce que j'ai d'énergie, ce que j'ai de moyens financiers, je réponds à la demande de la situation, j'agis sur la base de la détente, du oui à ce qui est, de la non-dualité."


"Demandez-vous simplement : les choses étant ce qu'elles sont (et je ne discute pas l'indiscutable) quelle est la demande de la situation elle-même, donc la réponse que justifie la situation – et non : qu'est-ce qui me convient à moi dans mon humeur du moment ?"

- Arnaud Desjardins

13 juillet 2011

Profondeur et surface

Je n'aime pas du tout faire le bilan. Je n'aime pas cela pour la même raison qui fait que j'aime fêter mon anniversaire avec une plus grosse fête chaque année, et que j'aime faire des listes de résolutions : je veux qu'à l'écoulement de temps corresponde un progrès ou une croissance. L'idée de progrès déshonore l'intellect écrivait Cioran, et à l'échelle civilisationnelle je suis d'accord… Mais à titre individuel (mettez cela sur le compte de l'élan archer du sagittaire, ou le besoin de mouvement du vata) mon besoin de progression est si fort que toute stagnation est ressentie comme une régression et me pousse assez rapidement à la déprime.

C'est là que, de par mon tempérament butineur, je me heurte rapidement à un écueil : me dispersant, j'avance à pas de souris et j'ai au final le sentiment de ne jamais accomplir grand-chose.


A vrai dire, j'envie ceux de mes amis qui ont un instinct de spécialiste, ou du moins prennent plaisir à se concentrer sur un thème, chercher à en avoir une connaissance exhaustive et progresser, non pas en surface couverte (on revient à la question des frontières) mais en profondeur. Quel est leur truc ? Comment acquiert-on la patience qui fait devenir expert ?

12 juillet 2011

Du nouveau

Et si chaque jour qui passe était un jour perdu si je n'y ai pas essayé quelque chose de nouveau ?

Si je vois mes actes comme des engagements lourds, des décisions pesant durablement sur l'orientation de ma vie à venir, je me sens soit paralysée soit enfermée. Je ne suis agile, créative et capable d'un peu d'audace, que si je maintiens pur le sens du jeu. En dansant, chantant, jouant, je peux tout tenter. Je peux franchir des caps pour la déconne. Et pourquoi pas ?

On se connait trop mal pour pouvoir prédire comment on se sentira dans telle ou telle situation.
De l'intérêt de se mettre dans toute une variété de situations, moyen d'explorer le monde et soi.

Et si chaque jour qui passe je faisais le vœu d'essayer quelque chose de nouveau ?

11 juillet 2011

Assouplir ses frontières

Plusieurs fois par le passé j'ai dit de moi "je ne suis pas quelqu'un qui….", "je ne ferai jamais ceci…", et la vie m'a apporté des démentis : j'ai travaillé dans une banque, j'ai cherché à acheter un appartement, je me suis vouée à des amours tranquilles… Je découvre aujourd'hui en y repensant que ces démentis sont toujours allés dans le même sens : à ma conception un peu folle (ou libre) de moi-même, mes choix en ont opposé une autre, plus "bourgeoise", en tout cas plus à la recherche de stabilité.

Au cours de ma vie, j'ai endossé plusieurs mythes personnels. Des plus sombres (mal-aimée, heautontimorumenos, princesse d'Aquitaine à la tour abolie) j'ai délaissé les oripeaux pour m'imaginer plutôt femme qui court avec les loups, ou calme habitante d'un monde réconcilié. Comme des rivières nous changeons, et chaque jour qui passe nous coulons d'une nouvelle eau. Je préfère de loin ma nouvelle conception de moi-même, qui ne m'oblige pas à me contorsionner pour faire semblant de ne pas aimer la vie, et qui ne m'abonne pas à la souffrance.

Mais entre la vie du loup et celle du chien j'hésite encore ; je me débats avec mes espérances, avec l'opinion que je voudrais conserver de moi-même (une femme libre, un peu gipsy sur les bords) et l'évidence de mon embourgeoisement.


Jusqu'à présent j'ai toujours accepté avec bonhommie les démentis et les mues. Je trouve rafraîchissant de me dire que les frontières de notre être sont toujours à réinventer. J'aimerais savoir les assouplir, les pousser pour permettre à l'enfant que je fus de courir vite et de sauter haut. J'aimerais me débarrasser de l'idée collante que "je ne suis pas quelqu'un qui prend des risques". Chaque jour qui passe, me délier un peu plus des croyances limitantes qui ont ralenti mon pas et ont multiplié mes hésitations. Ce qui ne veut pas dire nécessairement diluer mon identité ou tomber dans l'illusion enfantine - si attirante pour qui a le goût de la magie - que tout est possible.
Et, pourquoi pas ? Devenir assez vaste pour embrasser mes contradictions sans en souffrir. Être à la fois la fille de mes parents, capable de prendre une décision patrimoniale, et créatrice de moi-même, articulant en action le vœu de mon âme.

10 juillet 2011

Bliss and no less

"To know is to be, connaître c'est être, être et pas avoir l'expérience de quoi que ce soit; la seule ascèse qui ne puisse pas être récupérée par l'ego à son profit, c'est, instant après instant, la communion (être un avec, un et non pas deux) avec ce qui est et avec ce que je suis au niveau changeant et dépendant de moi-même : ici, maintenant, à la surface de moi-même comme dans la profondeur, je suis ce que je suis - en excluant radicalement ce que je préfèrerais être, pure irréalité, pure création du mental.
La conversion d'un premier mouvement de refus en acceptation de l'indiscutable réalité ou vérité de l'instant représente toujours l'effacement momentané de l’égocentrisme."


"A l'arrière-plan de toute notre existence et, malgré les démentis qu'elle nous impose, il y a au fond de chacun de nous cette position : si le monde était vraiment bien fait, il répondrait toujours à mon attente du moment."

"La frustration, la tension due au désir ressenti comme un manque à combler vous a exilés de votre vraie nature qui est complètement heureuse : sat chit ananda, l'être, la conscience, l'état de bonheur parfait, qu'on traduit par béatitude ou bliss en anglais."


"Si vous voulez le silence, intéressez-vous aux bruits. Qu'est-ce que ce bruit ? c'est un robinet qui est mal fermé. Cherchez et faites taire ce bruit-là."

6 juillet 2011

La tension de croître

" Se rendre compte de la réalité de sa condition et ressentir je ne peux pas continuer comme cela est une attitude positive et libératrice qui n'a rien à voir avec les différentes formes de culpabilité, de honte ou même de haine de soi qui accentuent encore notre division intérieure : il s'agit d'une prise de conscience qui nous unifie autour de la nécessité impérieuse de progresser. "

- A.Desjardins

3 juillet 2011

IN TIME OF DAFFODILS


In time of daffodils (who know
The goal of living is to grow)
Forgetting why, remember how

In time of lilacs who proclaim
The aim of waking is to dream,
Remember so (forgetting seem)

In time of roses (who amaze
Our now and here with paradise)
Forgetting if, remember yes

In time of all sweet things beyond
Whatever mind may comprehend,
Remember seek (forgetting find)

And in a mystery to be
(when time from time shall set us free)
Forgetting me, remember me.

- e.e.Cummings

2 juillet 2011

Pleine conscience


"Connaissez d'abord finement votre non-libération, votre servitude, votre mécanicité, votre statut de marionnette."
" L'attention, la vigilance, la pleine conscience, la conscience témoin, en anglais mindfulness, awareness, cette série de termes indique la même attitude qui consiste à voir ce qui jusque là vous échappait plus ou moins complètement, comme une lampe qui s'allume et qui éclaire."

- A. Desjardins

18 juin 2011

I am not what I am


" We are not who we think we are - we are not what we do, we are not our age, we are not our gender or sexual preference. We are not where we live or where we were born or what religion we were born into or went on to practice. We are not our skin color. We are not our bodies. We are not our thoughts. We are something that is unnamable, indescribable, vital, mysterious and elementally free. We have known this truth since we first looked into a mirror when we were children and, surprised by our reflection, thought, But this is not who I am. All of our livres, we have looked into mirrors, startled by our reflections. But this is not who I am, we think in secret as we brush on mascara or shave our chins. And we are right. Yet we begin to believe we are who we have invented ourselves to be (...). "

- Nina Wise, A big, new, free, happy, unusual life

4 juin 2011

Du réel.

Plus de deux mois qu'aspirée par le quotidien, ses exigences et ses contraintes, je ne suis pas revenue déverser ici ma prose.
Il y aurait beaucoup à partager pourtant, au vu de l'avancée perçue, et si peu face à la vastitude de ce que j'aurais pu, dans ce même temps, vivre.

Sentiment étrange - je crois de mieux en mieux savoir qui je suis, ce qui constitue ma fibre, les facilités de mon esprit, ses aimantations premières. Et dans le même temps, dès qu'un brin d'ébriété ou de fatigue me le permet, de ce "moi-disant" moi je me désolidarise, non pas que je perde pour moi-même l'élémentaire bienveillance, mais je prends une hauteur chaque fois plus nette, d'où le bas sol me paraît d'un coup bien étranger.

Le réel qu'était-ce ?
Était-ce ma solitude, dans ce bureau vide d'après jour férié, la clim tissant son ron-ron sur la moquette standardisée. Ou mon demi-sommeil, encore lourd de rêves inarticulables, contre l'amant quotidien. Ou la bouche écarlate de l'amie retrouvée, dix folles allées après, à la sortie du métro Lamarck. Un premier pas au jour, je la vois, de l'autre côté de la rue, un châle de bohémienne sur ses épaules maîtresses, je n'ai pas eu à faire un signe que déjà c'est elle qui s'anime, son visage s'éclaire, elle bouge, elle est là. Du réel peut-être.
A la densité dissoute dans les verres de Quincy au goût de violette effeuillée et pourtant, quoi de plus près du près-vrai que ce que dans notre ivresse nous avons articulé.

Et aimer, était-ce mon trouble, confiance ou inquiétude suivant l'homme dans le déroulé d'un jour simple et clair. Ou cet élan vif, de la retrouver elle, évidente, entière, telle que je l'avais laissée dix ans avant, sans qu'il y ait la moindre incertitude à combler, le moindre hiatus entre nos folies jumelles.

Je veux croire qu'entre mon plus grand délire et ma plus forte raison, il n'y a qu'un reflet qui fait changer la couleur d'une même, unique et forte réalité.
Pareillement je veux croire mon élan d'amour un, indivisible et universellement dispersable sur les amis égarés, les complices, les germains, les défunts, et l'envers des feuilles de tilleul au soleil de juin.

28 mars 2011

Mélancolies (25/03/11)

Les retours de mélancolie sont normaux. C'est un luxe que de pouvoir ressentir ce type de vertige lorsque l'on se penche au bord de sa vie. Les mélancolies, il faut les aborder comme des amies. On ne claque pas la porte au nez à de vieille copines.

(L.R.)

Ce matin je suis venue au jour appelée par 16 Horsepower et les Pixies. C’est comme si j’avais été réveillée par mes pâles 18 ans, tout en déséquilibre hormonal et humeur noire. Le monde qui nous entoure est le produit de nos croyances, et je suis prête aujourd’hui à souscrire à toutes celles qui me promettent la sérénité et la joie. J’ai Le livre de la méditation et de la vie de Krishnamurti dans ma poche, je me laisse fondre au soleil et draguer par les moineaux mais je retrouve à mon côté mes 18 ans au cœur lourd, aux yeux cernés. Si j’ai tant l’impression d’être rattrapée par mon passé c’est qu’il doit y avoir quelque chose dans l’avenir qui ne me donne pas envie d’avancer vers lui, quelque chose dans le présent qui ne me retient pas assez. J’ai accompli mon destin d’héroïne romantique, je suis libre de passer à autre chose, mais la voix venue du fond m’appelle encore. M’appelle ou se tait, et de ce silence vient mon vertige, lorsque je me perçois debout au centre du temps, ma vie coulant autour de moi, comme les images sur les parois de la caverne. Combien de livres de chair donnerais-je pour embrasser la vérité. Combien d’années de ma vie de jeune femme ai-je offertes à l’amour qui me la faisait effleurer. Et maintenant qu’en sais-je. Parfois quelque chose s’offre à moi, lorsque l’alcool me fait flotter dans un temps distinct, abstrait de la narration de ma propre vie. C’est l’instant pur que je cherchais déjà du temps de la mélancolie, il y a dix ans de cela. L’instant est-il le bout de ma quête ou est-il lui-même la main tendue vers autre chose, peut-être vers rien ? Si le printemps est désormais la saison où mon cœur se brise, où mes vêtements se teintent à nouveau de noir, si je dois vivre chaque année les retrouvailles avec ma peine, que l’on me rende à une autre saison les bourgeons frais et l’ivresse du premier soleil. J'ai l'impression de gâcher le vert tendre des tilleuls. Je regarde ma tristesse comme un objet tombé au sol, sans la comprendre et en même temps la connaissant, l’ayant si longtemps portée. D’où vient-elle et quel est son usage, vers quoi veut-elle me guider ? si elle revient, c’est bien qu’elle a quelque chose a me dire, ou alors elle n’est que vaine, qu’un aléa du sang qui ne m’apprend rien et doit pouvoir être dissipé.

Oeil critique

Je déteste les critiques. Je déteste les entendre, je ne supporte pas qu'on parle de moi. En général, je fuis, j'admets mes torts pourvu qu'on arrête le plus vite possible d'en parler. Si je ne suis pas parfaite, ou très très bonne dans ce secteur, j'arrête tout, je m'en vais le plus loin que je peux, je mets la distance maximale entre moi et mes imperfections.
Je ne progresse donc jamais. Je n'essaye jamais deux fois si la première tentative a été infructueuse.

Appelez cela de l'orgueil, de l'arrogance ou de la vanité. C'est mon péché, celui qui se transmet dans nos gènes, que je combat depuis toujours, sans le moindre succès jusqu'à présent. Souhaitez-moi, maintenant que j'en ai pris conscience, de le vaincre enfin, et d'apprendre l'humilité.

24 mars 2011

Le combat

La violence de notre éducation me frappe particulièrement. Elle est comme un poids lourd qu'il nous faut traîner des années, et dont on ressent les douleurs même longtemps après qu'on l'ait, enfin, abandonné. Dans cette course perpétuelle au plus, au mieux, à l'amélioration continuelle, nous sommes les perdants, des coureurs de marathon condamnés à mourir sur la piste. On n'obtient jamais 20 sur 20. On ne nous a jamais dit: c'est très bien, mais toujours: tu aurais pu faire mieux, voici comment t'améliorer. Nous sommes une déception perpétuelle, dès qu'on ne remplit pas tous les espoirs qui ont été, pour une raison quelconque, mis un jour en nous par ceux qui n'en avaient pas le droit.


Garder une parcelle de soi en dehors de cette course à l'excellence inatteignable est un défi, presque un péché. J'ai toujours refusé de prendre des cours de dessin ; j'ai réussi à préserver ce qui m'est de plus intime, de plus ancien, loin de tous calculs ou de jugement extérieur. Mais je dois le faire en cachette, loin des conseils bien intentionnés de ceux qui prétendent voir en moi ce que je j'ignore. Comme si tout ce que nous faisons devait être rentabilisé, évalué, jugé, vendu sur le comptoir de la productivité. Comme si la naïveté d'un geste, quel qu'il soit, était seulement une ébauche avant le grand jugement.

Pourquoi ne célèbre-t-on jamais la beauté simple, la chance et le calme? Pourquoi détruit-on la simplicité gratuite des enfants?

Just stop.

Stop thinking. Stop listenning to bad music. Stop answering narrow-minded question. Stop worrying. Stop looking at yourself into the mirror. Stop trying. Stop trying to change. Or stop trying, and don't do anything. Stop working. Stop looking at your phone. Stop analyzing. Stop looking for the problems. Stop fixing the problems that don't exist. Stop fixing someone else's problem. Stop getting involved. Stop acting. Stop facing. Stop pretending. Stop playing. Stop looking for who you are, because obviously you're already someone, and others around you don't doubt your existence. Stop waiting. Stop being concerned. Stop thinking. Just stop.

20 mars 2011

Une vie comme la flamme d'une bougie votive


" Pour s'épargner de la distraction de l'imprévu, les moines soumettent les heures de leur vie à une règle choisie. Ainsi privé des perturbations, leur esprit peut se consacrer à l'adoration. Rien de plus étranger au principe bergsonien de recherche du jaillissement perpétuel de nouveauté. On pourrait penser leurs existences mornes, racornies, dépourvues d'énergie car cuirassées d'habitudes. Mais la vie des mystiques s'épanouit par-delà l'habitude. Elle peut se passer du renouvellement permanent de l'instant car elle tire son feu d'avoir un jour connu un instant supérieur à tous les autres et qui se répète dans le rythme de la loi liturgique : celui de la révélation du principe divin. Ainsi le sage retiré du monde, l'homme de la grotte nourri de lézards : son avenir est sans surprise, mais un brasier brûle quand même en lui. Une nécessité de se maintenir en vie pour continuer à éprouver le sentiment immense de se savoir habité par quelque chose de supérieur. "


- Sylvain Tesson, Éloge de l'énergie vagabonde