Autant dire que je ne partageais pas la vision de mon compagnon de l'époque qui, ayant longtemps été hébergé par des amis, adhérait tout à fait au partage collectiviste d'un "grand chez les autres".
Pendant toute ma vie d'étudiante et de jeune active comme ils disent, j'ai fui les possibilités de colocation en dépit des loyers parisiens prohibitifs. J'ai jubilé de pouvoir, aux moments que je choisissais, ouvrir ma porte à qui je voulais.
Mais rien n'est éternel, et depuis que j'ai laissé souffler sur mon paysage le wind of change, je suis pour ainsi dire prête à tout, et surtout à l'inédit. Je découvre donc à bientôt trente ans ce que la plupart de mes proches ont pu expérimenter bien avant : les joies exotiques de partager un appartement. Et là je me rends compte que, prise que j'étais par les préparatifs du déménagement, je n'avais pas du tout anticipé le changement de paradigme complet que cela pouvait signifier pour moi. Raisonner non plus pour une, mais pour deux. Agencer un espace d'une manière qui puisse convenir à deux intelligences fonctionnant selon des mécanismes très dissemblables (en gros : un cerveau gauche / un cerveau droit). Découvrir d'un même coup les mille petites habitudes de l'autre (auxquelles on fait beaucoup moins attention quand on ne vit pas réellement ensemble au quotidien), et les miennes propres, par contraste. Ce dernier point est presque le plus troublant. Par quels étranges détails viennent se dessiner les frontières de notre zone de confort - la place des choses, le temps des rituels quotidiens. Cela fait pile dix ans que je vivais avec moi-même, il était temps d'essayer autre chose.
Le titre de ce billet est un clin d’œil destiné à l'excellent Marc Bonheur, qui en sait un bout sur ce que s'apprivoiser à l'autre veut dire. Mesdemoiselles, je vous invite vivement à découvrir son site.

Un grand chez nous c'est pas mal non plus...
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