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12 mars 2011

Mouchetée


It all started with a dream. Or, perhaps, to be honest, it all started a long time ago, with very strong feelings, these of a small girl wondering of how her life will be many years later.
But it goes on with a dream, the strangest that ever happened before. It was all certainty, a strong message you need to do something with.

Well, I did. I didn't really unterstand what the fuck I had to do, or what was the point, the goal, the need, and more than anything, why I felt concern now about an old situation -and its consequences in a year from now.

Then the weirds happen. A charm found on a airport baggage claim, a email exchange who brings you back a year ago, a search that couldn't obviously happen at an other time, a book dropped in a mail box, foreigners you should never have seen, people you should never have met. It's been so much it's pointless to score, something was talking to me, and it's been only a week.

It stopped like it started. The certainty vanished, I woke up and looked at it with no clear mind.

I just now know that I have to wait an other year. Things are just going the way the universe told me a year, or many years ago. I'm not really surprised, just amused my feelings's been so strong.

There is a calm year and a lot to do for myself ahead. I'm looking forward to seeing what brings the future. Appointment made.

17 novembre 2010

Théorie des jeux

En me réveillant ce matin j'ai été frappée par une idée : l'univers joue avec nous selon des jeux que nous choisissons.
Si nous voulons jouer aux coïncidences, celles-ci vont se multiplier autour de nous, les sosies proliférer, les mots rimer.
Si le jeu dont nous posons les règles est la souffrance, nous souffrirons. Le jugement, nous serons coupables.
Je me suis amusée à regarder le cours des astres, et l'univers joueur m'a répondu avec une caricature de rétrogradation de Vénus, envoyant dans ma vie des échos d'amours passées, des cascades d'avatars soigneusement prénommés comme leur première incarnation.

Et si nous ne voulons pas jouer, ou croire que l'univers, ce petit frère complice, puisse avoir envie de nous accompagner, il n'y a pas de réponse et pas de jeu.

15 novembre 2010

Pile de routines

J'ai mis depuis quelques jours le pied à l'étrier d'une nouvelle habitude quotidienne, tout en conservant celle prise ce mois d'octobre qui illustre si bien mon besoin de retour amont.



Et voilà que je tombe aujourd'hui sur 750words, petit site qui me donne faim de m'adonner au rituel d'une quotidienne écriture de mise en jambe. J'en ai fait l'essai aujourd'hui, et voilà ce que donnent 36 minutes d'écriture automatique de votre servante :

Je voudrais connaître le secret de ceux qui avancent au quotidien sans se trouver serrés au cœur par l'angoisse de voir la vie leur échapper, ou leur avoir déjà échappé. Enfant déjà la perspective de la mort donnait aux joies le l'existence un parfum trouble, qui causait une légère migraine. Maintenant je dois faire l'effort de me remettre au flot du présent, les pieds sur la terre actuelle dans l'élan de sa rotation, pour ne pas laisser cette pensée m'écraser l'âme : j'ai sans doute déjà passé un tiers de ma vie ; et l'habitude de la fiction, du cinéma ou des livres maintient sur ma conscience une brume, l'illusion d'une réversibilité. Comme si je pouvais encore demain être Tarzan ou le Scrameustache. Comme si l'action n'était qu'un petit luxe au vu des possibilités infinies de l'imagination. Il sera toujours temps d'un jour grandir, advenir, et faire ce vers quoi mon cœur s'élance... Je suis à un tiers de ma vie et je me sens si enfant, si désolée de découvrir qu'il faut faire des efforts et apprendre ses leçons, et que l'on n'a pas le droit de mettre ses doigts dans son nez ou les pieds dans la soupière.
Je voudrais ne pas avoir à choisir, être à la fois l'ange poudreux et la sauvageonne, le loup qui aiguise ses dents sur l'agneau, le berger, et la femme du Maharadjah. Je voudrais être une grande artiste sans prendre la peine de finir un dessin ou de m'atteler à un roman nécessaire. Je voudrais chanter sur scène des chansons du siècle dernier, dans un bouge de Kreutzfeld ou de Coblence... Ma tête tourne aux fumées d'opium imaginaires, mon corps roule sous les doigts du temps et sa robe d'usure... J'aimerais savoir qu'au-delà de cette vie il y a d'autres vies, pas simplement la vie éternelle des atomes suspendus mais des histoires à tramer, des chants à reprendre dans la gorge d'un mainate nouvellement incarné. Pourquoi au juste. Parce que je suis vexée de la limitation qu'impose le fait brut, râpeux, vaguement obscène de n'avoir à sa disposition qu'une seule vie pour s'essayer à aimer le monde ? Parce que mon esprit limité ne parvient pas à concevoir cette fin du possible qu'est la mort ? Parce qu'en suis restée, enfant toujours, à l'histoire du soir qu'il suffit de réclamer pour entendre, chaque jour de nouveaux chemins, de nouvelles incarnations, Tintin ou les cinq jeunes filles en bateau...
J'ai beaucoup repensé hier à La Nuit des Temps de Barjavel, ce livre beaucoup trop lu, beaucoup trop appris à un âge où ma mémoire était encore bien habile et prenait le mot écrit pour or pur... Elea brisant de son innocence le cœur du narrateur, qui lui apportant le meilleur de notre monde s'entend répondre : " vous mangez de l'herbe... vous mangez de l'arbre..." ; et l'amour dès lors fut entendu comme donner à quelqu'un qui n'en veut pas quelque chose que l'on n'a pas. Acte fou quoique répété jusqu'à ce que l'éternité s'en choque. Et nous mangeons de l'herbe et mangeons de l'arbre car nous sommes nous-mêmes bêtes et arbres et herbe tondue, notre chair a le goût du grès rouge et du sarment... Il y a d'autres amours que les amours ratées et d'autres destins que ceux qui tiennent en cent-dix pages clôturées par le mot FIN. Je prends ma plume et je sauve ma peau comme l'enfant martyr qui cousait pour ses frères ensorcelés des manteaux en laine d'orties. Je t'embrasse et je sauve ma peau car dans ce baiser que je donne quelque chose passe du trop d'amour et du trop de curiosité dont l'être s'étouffe à ne savoir qu'en faire : si je t'aime toi j'aime un peu moins l'éternité, et l'infini, et le moutonnement furieux des possibles dans leurs champs des Hautes Alpes.
Je peux décider chaque jour de vivre en pleine conscience de ce que cette vie qui m'est donnée a plus de réalité, plus de densité et plus de richesse que tout ce qu'il m'aura été donné de lire des œuvres humaines.
Je laisse Elea et Païkan dans leur silence de glace car je préfère à leur idylle imaginée la vérité tactile de ta joue que je croque là.
Il n'y a de bonne vie que celle qui s'invente d'un instant l'autre, et tant pis pour la peur, la peur que je mange et dont je me fais un habit, qui trempe l'eau dont je me lave, la bière avec laquelle nous trinquons, et la chaux blanche dont nous avons baigné nos murs. Peur, je t'adopte et désormais tu marcheras avec moi sans m'être hostile. Tu seras simplement là, chienne briarde à mon côté, ton regard de brave bête dissimulé par tes longs poils. Tu seras bonne et fidèle ; la chaleur de ton côté me rappellera qu'il n'y a de vie que celle que nous parcourons ensemble.

C'était un premier essai qui ne dérive guère des notes que vous pouvez lire ici, mais je me dis que cet outil pourrait m'aider à m'essayer à la fiction. A suivre.

10 novembre 2010

Ever still

Nos heures sont toutes orphelines.

Aux jeux de la mémoire et des répétitions, des rêveries, de l'espoir, elles s'inventent une famille et des compagnes.

J'apprends à aimer l'instant pour lui-même, mais continue à appeler quelque chose de plus, auquel je puisse le nouer : l'instant d'après ou plus grand, une instance, une éternité, la verticale beauté de simplement être.



Knights in shining karma
Tend your flame
And with love for armor
They'll remain

Ever by your bed
Guarding, still sleeping
Shield your soul from this rain
Knights in shining karma will remain

1 novembre 2010

Beautiful maladies

Parmi mes souvenirs d'enfance, j'ai l'impression que le temps de la maladie occupe une place énorme, enflée. Le plus étrange, c'est que mon vécu de maux comparables a totalement changé. D'où vient qu'enfant, j'avais l'impression de me trouver à chaque fois au bord du Styx, et qu'aujourd'hui je tolère tout cela beaucoup plus stoïquement, alors même que je déteste toujours autant la douleur physique ? Est-ce que maintenant le mal se dilue mieux dans mon grand corps ? Est-ce d'avoir quitté le temps étiré de l'enfance ? ou simplement d'être seule et en charge de ma propre guérison ? Je me prends à penser que si la douleur morale a besoin de compagnie pour être traversée, la douleur physique se vit mieux seul. Le soldat qui s'extrait une balle du bras de la pointe de son couteau souffrirait peut-être plus si quelqu'un d'autre l'opérait, ou simplement le regardait... ou est-ce une considération proto-hystérique ?



(pour le titre de ce billet, merci à Tom Waits)

27 octobre 2010

Stratégies d'ajustement émotionnel, de T.S. Eliot à Rainbow Brite

J'ai brassé tant de pensées aujourd'hui, de questions, entre introspection, appels à l'aide et simple débordement émotionnel. Tout cela serait assez difficile à résumer et quelque peu hors de propos, mais il reste une question que j'ai envie de partager avec vous :

que faire de l'émotion ?

De l'émotion douloureuse s'entend. A quoi sert cette douleur, qui n'est pas encore physique sans être tout à fait mentale, le mal de ce qu'on appelle le cœur ? On sait que la douleur physique, si elle peut être combattue ou accompagnée, est un signal d'alarme précieux. Ceux qui ne ressentent pas la douleur vivent rarement vieux... Mais la peine ? est-elle un signal d'alarme, comme une jauge qui nous avertit d'un manque de carburant affectif, ou d'un dysfonctionnement sur lequel il nous est peut-être possible d'agir ?

Cela vous paraît peut-être évident, pour moi c'est un problème avec lequel j'ai beaucoup jonglé, sans y avoir trouvé de réponse qui tombe sous le sens. Faut-il fuir la peine, la vivre à fond, en chercher les causes, la transcender ?

...s'accorder une bonne décharge émotionnelle, pour se purger...



...ou intellectualiser...



...ou se métamorphoser en Blandine arc-en-ciel, se réinventer comme expression de pur amour universel...

“You have to give to the world the thing that you want the most, in order to fix the broken parts inside you.”

- Eve Ensler

"We try so hard to snare the perfect lover when we should focus on simply being love. "

- Gala Darling

26 octobre 2010

La journée où les trains ne partaient pas

A toute chose malheur est bon, m'écrivait tout à l'heure la douce Olivia, camarade indéfectible de mon été festif. Prise par l'énergie méchante d'un enfant qui casse ses jouets, j'ai répondu à ses tentatives de consolation que non, la sensibilité n'était pas un cadeau, même si elle ouvre la voie à la création, elle n'est qu'un handicap - et la création qu'un pis-aller.

Je ne suis pas loin de le penser pour de bon, mais je n'aurais pas éprouvé le besoin de l'écrire sèchement à quelqu'un d'aussi gentil et bien intentionné si je n'avais pas été toute la journée d'une humeur épouvantable. Mes moments de pire renfrognement sont souvent des moments où je me sens coupable ou vulnérable, ou les deux. Si je m'aperçois que les événements ont bel et bien prise sur moi, par exemple, que je suis peinée plus qu'il n'est souhaitable parce que quelque chose dont je me faisais une joie n'aura pas lieu, ou du moins pas aussi tôt que je ne pensais… je vois cela comme une faiblesse et je réagis comme un chat blessé… Une autre amie me disait l'an dernier qu'il fallait que j'apprenne à gérer la frustration ; il y a de ça. Je ne fais pas partie des gens qui courent pour avoir le métro qui arrive à quai, mais bien souvent je laisse mon imagination courir devant moi, au devant de ce qui pourrait advenir, en bien ou en mal. J'ai décidé il y a peu d'introduire dans ma façon de voir un changement radical de paradigme, en acceptant d'imaginer plutôt la réussite que l'échec (en rupture avec la philosophie de préparer le terrain à l'échec que je partageais avec Tomatias) - mais je me sens toujours mal armée face à la déception, si elle survient.

La vérité, je pense, est qu'il est tout simplement possible de ne pas être déçu. De même que je ne suis pas déçue si le métro part sans moi, parce que je sais bien qu'il y en a un autre 1 minute 30 plus tard (et quand bien même il ne viendrait que dans un quart d'heure, il n'y a pas de quoi fouetter un chat), je pourrais lâcher prise sur la joie imaginée, parce que je sais bien qu'il y a d'autres joies, d'une autre nature peut-être, à prendre dans l'ici et maintenant, et d'autres encore dans l'instant d'après. Et cette joie imaginée viendra bien, de son pas à elle, au rythme qui lui plaira, et ce sera une belle surprise.

Oui, c'est un lapin. C'est dans le thème.

Le prochain est aussi bien ton sauveur

De quel silence venons-nous, pour que la parole échangée soit de tant de prix.
De quelle solitude, pour que la rencontre prunelle à prunelle soit un trésor
ultime et limpide miracle, pain de l'alliance.

20 octobre 2010

Sur la descente à reculons

"On dirait qu'il se passe des choses dans la constellation d'Anaïs", m'interrogeait ce matin ma co-bloggeuse préférée. A vrai dire oui, pour être honnête, vous me trouvez ici en plein accès de bizarrerie, entre survoltage, jeux symboliques et tension émotionnelle. L'univers me fait des blagues, tout un tas de petites blagues de détail, et j'ai décidé d'en rire quoi qu'il arrive, de jouer avec lui.
Vous allez encore me prendre pour une astro-freak mais je me dis que cette bizarrerie impromptue n'est rien de moins que l'ordre des choses et que, vaille que vaille, je fais partie de cet ordre et je danse sur cette barcarolle.

A moins que ça ne soit une rumba ?

Je ne manque pas cette occasion de partager avec vous cet extrait de la Chanson du Mal Aimé d'Apollinaire, un de mes poèmes préférés, qui colle si bien à cette ambiance de Vénus Rétrograde :


Voie lactée ô sœur lumineuse
Des blancs ruisseaux de Chanaan
Et des corps blancs des amoureuses
Nageurs morts suivrons-nous d'ahan
Ton cours vers d'autres nébuleuses


Les démons du hasard selon
Le chant du firmament nous mènent
A sons perdus leurs violons
Font danser notre race humaine
Sur la descente à reculons


Destins destins impénétrables
Rois secoués par la folie
Et ces grelottantes étoiles
De fausses femmes dans vos lits
Aux déserts que l'histoire accable


Luitpold le vieux prince régent
Tuteur de deux royautés folles
Sanglote-t-il en y songeant
Quand vacillent les lucioles
Mouches dorées de la Saint-Jean


Près d'un château sans châtelaine
La barque aux barcarols chantants
Sur un lac blanc et sous l'haleine
Des vents qui tremblent au printemps
Voguait cygne mourant sirène


Un jour le roi dans l'eau d'argent
Se noya puis la bouche ouverte
Il s'en revint en surnageant
Sur la rive dormir inerte
Face tournée au ciel changeant


Juin ton soleil ardente lyre
Brûle mes doigts endoloris
Triste et mélodieux délire
J'erre à travers mon beau Paris
Sans avoir le cœur d'y mourir


Les dimanches s'y éternisent
Et les orgues de Barbarie
Y sanglotent dans les cours grises
Les fleurs aux balcons de Paris
Penchent comme la tour de Pise


Soirs de Paris ivres du gin
Flambant de l'électricité
Les tramways feux verts sur l'échine
Musiquent au long des portées
De rails leur folie de machines


Les cafés gonflés de fumée
Crient tout l'amour de leurs tziganes
De tous leurs siphons enrhumés
De leurs garçons vêtus d'un pagne
Vers toi toi que j'ai tant aimée


Moi qui sais des lais pour les reines
Les complaintes de mes années
Des hymnes d'esclave aux murènes
La romance du mal aimé
Et des chansons pour les sirènes




On en reparle après le 18 novembre. Ou pourquoi pas en 2011.

14 octobre 2010

Wanted

Il me manque
des collègues pour penser
un ami pour parler
un amour pour rêver


5 octobre 2010

Via combusta

La lune meurt et s'apprête à renaître. Sa lumière déclinante charrie des pensées de mort, d'éreintement, de fleurs fanées. Les feuilles d'aulne roulent sur la chaussée que mouille une petite pluie sans entrain. C'est le moment de clore les vieux livres, dénouer les vieux procès, pardonner. Jeter, vider, épurer. Faire place nette pour ce qui s'érige.

La lune mourante nous dit que l'on a le droit d'être fatigué, de dormir une heure de plus et de ne pas avoir envie de sortir. Il y a d'autres temps pour la création, le franchissement de frontières inédites, la mise au défi de sa propre vie. On peut attendre le printemps pour ça, ou la nouvelle lune. Là quoi qu'on en dise, ça ne sonne pas juste : on en a envie, on sait qu'un nouvel élan est nécessaire mais le bond n'est pas dans ses jambes, et l'on reste assis.


Avec la nouvelle lune se lèvera l'expression de la beauté. Dans ses rayons blancs on dansera comme jamais, on écrira des scènes fulgurantes pour la grande œuvre dramatique de l'année, on composera des mélodies à faire pleurer les anges du firmament.
Les rêves baignés par sa candeur, sur un oreiller de lait, joueront au tric-trac avec les vieilles amours.

C'est le moment, dit-on, de voir si ses valeurs sont en accord avec le chemin qui conduit au plus haut de soi-mêmes et à son bonheur. C'est le moment de gagner en clairvoyance sur ses schémas relationnels, retrouver ses trésors enterrés et ses squelettes dans le placard.

4 octobre 2010

Economie de la connaissance

En faisant du rangement chez moi hier (on m'avait fait remarquer il y a quelques années que je donnais l'impression de passer ma vie à faire du rangement, ce qui paraissait d'autant plus fou qu'à l'époque je vivais dans 15m² et dans un désordre assez conséquent), je me suis aperçue que l'encombrement matériel n'était qu'une petite partie de mon problème. Je ne peux pas m'en sortir purement en donnant toutes mes affaires sur Freecycle, parce que le nœud gordien qu'il m'appartient de trancher est celui de la gestion de la mémoire et de l'information.

Qu'est-ce qui prend le plus de place chez moi ? (à part mes vêtements, hum)

Des carnets, des documents de formation, des albums photo, des livres, des images découpées dans des magazines. De la paperasse, dont une bonne partie de souvenirs ou de choses conservées "pour mémoire". Qu'en faire ?

Je suis intimement convaincue qu'il n'y a qu'une seule gestion de l'information digne de ce nom, qui est de savoir les choses par cœur. J'ai lutté avec ce problème à peu près depuis que je suis scolarisée. Je prends des notes sur quasiment tout ce que je lis, j'ai systématiquement un carnet sur moi (depuis mes 14 ans), je documente mon quotidien, je garde des traces et je vis avec l'exigence de savoir. C'est une injonction cruelle pour quelqu'un qui a une mémoire de râpe à fromage. Et tout ça pour quoi, au juste? Je ne suis pas sûre d'aimer le savoir pour lui-même, en revanche je l'aime comme lien et accès aux autres. C'est pour cela que de plus en plus je réponds à l'engorgement de la libido sciendi par le partage : faire circuler l'information, la mettre en ligne ici ou ailleurs. Partager est d'ailleurs le meilleur moyen que j'aie trouvé pour mémoriser les choses (utiliser tout de suite un nouveau mot que je viens d'apprendre, raconter une nouvelle blague…).

Après, reste le problème des informations qui bénéficient d'une présomption d'utilité. Les bonnes adresses par exemple, "trucs et astuces" et autres coordonnées. Là, l'intérêt d'une bonne classification systématique se fait sentir. Et dès qu'une information est obsolète, la dégager.

Enfin il y a ce qui relève purement de la muséographie personnelle, supports de rêverie nostalgique ou symboles concrets du lien demeurant avec un autre soi, le soi d'hier. J'ai même des heures de films reprenant des moments forts de plusieurs années de ma vie, jamais montés.

Je ne désespère pas d'un jour venir à bout de tout cela, en commençant par me débarrasser de l'urgence de tout noter, en utilisant le plus tôt possible les informations qui me parviennent (en Last In First Out) et en faisant un tri radical dans tout ce que j'ai pu accumuler jusqu'à présent.

J'y crois.

Quant à mes albums photo….


*


Je clos ce billet en vous engageant à lire celui de Danielle Laporte sur La loi de la chaise moche. On reste dans le thème.

17 août 2010

Vent d'ouest

Le vent d'ouest souffle le renouveau
Rentrée, année, espoir, j'ai envie de croire
Que le changement est en marche, et me pousse
Vent d'ouest, senteurs d'avant
Je hisse les voiles vers un nouveau port
J'aimerais savoir ce que me réserve le voyage
Préparer les escales
Je n'ai qu'une carte
Celle de mon envie
Bon vent.

10 août 2010

Désabonnement

Aujourd'hui j'ai fait un acte fort.
Un tout petit acte fort, une micro-intervention sur ma vie, un pas de souris sur mon chemin. J'ai demandé la résiliation de mon abonnement à Beaux-Arts Magazine. Après des années de loyauté et d'excitation, j'ai accepté l'idée que je n'avais plus le temps de le lire, ou que du moins c'était un temps que je ne prenais plus. Cette année, je n'ai fait qu'empiler les numéros les uns sur les autres en me disant "bientôt, bientôt". Et pourtant le tentation est grande d'ancrer son identité par certaines affiliations - les abonnements, les encartages, le restaurant du coin et les habitudes de consommation. J'ai eu la carte de fidélité de chez Androuet, d'un des derniers labos photo à sortir le noir & blanc en 24h, du Théâtre National de Chaillot, du restaurant japonais de la rue Godot de Mauroy ; je me suis abonnée à des dizaines de flux RSS, de jolis tumblr et de newsletters que je ne lis pas. Mon fantasme secret est d'avoir un secrétaire particulier, qui trie les informations pour moi, réponde aux messages sans valeur ajoutée, traite l'administratif, me préparer une revue de presse et saisisse mes notes dans un wiki. A défaut d'avoir à disposition une stagiaire de moi-même, il me reste la possibilité de revoir mes ambitions à la baisse. Plus d'abonnement à B.A.M donc - je conserve toutefois celui à S!lence qui reste une bouffée d'air dans mon environnement de petite cadre décadrée…

Non seulement on peut être être fidèle à ses goûts sans le montrer, sans livres à soi et sans badge d'appartenance, mais l'habitude est une chose tellement puissante qu'il faut y être attentif. La lecture d'un mensuel est quelque chose de trop espacé dans le temps pour être une habitude ferme, mais déjà assez fréquent pour être intrusif. Une habitude, pour qu'elle nous façonne, doit être quelque chose de quotidien. Lire et écrire tous les jours, par exemple. Fut-ce écrire une note de blog et lire un vieux numéro de B.A.M. ...

9 août 2010

Sein und Zeit

En rentrant de la large ville de Berlin, Paris m'a semblé étouffante et mesquine, les petites rues du 9ème se grimpant les unes sur les autres, les vélos circulant en intrus entre les automobiles… et après quelques jours dans le calme appartement de ma co-bloggeuse préférée, je suis à nouveau prise aux poumons par la surcharge de mon propre logis. Alors même que de là-bas, des moments partagés, j'ai éprouvé le besoin de ramener des témoignages matériels - des bijoux, des disques, des photos… Je pourrais simplement vivre mes promenades, et revenir chez moi avec sous le bras le petit sac avec lequel j'étais venue, sans devoir acheter une valise pour rapporter mes trouvailles (fussent-elles une moisson de joyeuse musique).

Je veux de l'espace et du temps.

Du temps pour finir de lire les livres que j'ai empruntés à mes amis, pour enfiler des perles, pour écrire du vrai courrier sur du vrai papier avec de vrais timbres dessus, pour écrire du faux courrier qui glisse sur la toile, aussi, pour cuire des oignons nouveaux dans une cocotte en fonte, pour filtrer du rhum arrangé, pour dormir, pour comprendre l'épaisseur de mes rêves.

De l'espace pour y voir plus clair, pour improviser, pour rester à l'écoute de ce que je veux et ce qui vient.

26 juillet 2010

Résolutions du moment

* Formuler le moins possible d'affirmations sur moi-même. Éviter surtout les affirmations négatives ou liées au passé, l'expression de mes peurs ou réticences présentes, et tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à une auto-malédiction. Ces derniers temps, je suis travaillée au corps par le passage du temps et je tends à me laisser aller à me comparer à tort et à travers avec toutes les filles que je côtoie, et à m'installer en position d'infériorité. Chaque crainte que je formule se visse plus profondément en moi. La vérité, c'est que personne ne nous sort jamais des marais de l'auto-dévalorisation, puisque de toute façon, dans ces moments-là, on n'est pas à même d'entendre les compliments que l'on peut nous offrir.

* Le corollaire de cette résolution est de tourner mon attention vers les autres. Les écouter vraiment quand ils parlent, leur témoigner une sincère curiosité, laisser mes réticences au placard et me dire qu'ils ne vont pas me manger. Surtout si je viens à eux pour les connaître, avec cette question en tête : comment me comporter pour faire que cette personne se sente bien ? Par exemple, si je parle avec quelqu'un qui fait des blagues, ne pas entrer dans un duel d'humour, mais plutôt tendre à l'autre des perches pour qu'il puisse poursuivre la démonstration de ses propres talents d'humoriste.

* Tirer le maximum de joie de l'instant présent, même et surtout si les choses ne se déroulent pas comme prévu. J'ai été profondément remuée par Versailles rive gauche que j'ai regardé récemment. A vrai dire j'ai trouvé ce film insupportable tant je m'identifiais au personnage principal. Je crois qu'il faut partir du principe que la vie ne fait que des cadeaux : tout ce qui arrive est une chance.

* Fortes fortuna adiuvat. Le quotidien est plein de petites frontières à franchir, et de peurs desquelles s'affranchir. Des choses aussi simples parfois qu'écrire à des gens que je ne connais pas, jouer au badminton, ou envisager de me faire un jour percer les oreilles.

14 juillet 2010

La joie du moindre encombrement

Il y a peu, je suis rentrée chez moi un soir avec une envie furieuse de faire le vide, de libérer mon espace et mon esprit. Mon appartement était en désordre, rempli de poussière blanche à cause des travaux de ravalement, ma cuisine débordait de vaisselle… N'écoutant que mon besoin d'air, j'ai passé la soirée à faire le ménage jusqu'à deux heures du matin, et surtout j'ai pris une décision inédite, complètement à contrepied de mon fonctionnement habituel : j'ai enlevé tout les objets qui avaient élu domicile sur mon bureau, les quatre boites range-machins, les deux trousses et les trois pots à crayons, et je n'ai plus laissé que ce dont j'allais me servir au quotidien. Un seul pot, une poignée de crayons, c'est tout. Je pouvais enfin profiter de la surface noire brillante de mon bureau, assortie à la surface noire brillante de mon ordinateur.
Poussée par le même élan salvateur, j'ai réuni toutes les paperasses éparpillées en un tas unique, me disant : je leur ferai leur affaire quand j'en aurai besoin, mais pour l'instant, inutile qu'elles viennent me rappeler à l'ordre visuellement dès que je m'installe sur mon canapé. C'est un tout petit pas, mais pour moi qui vis sur de longues habitudes de saturation, c'est un changement de perspective radical.
Aussi ai-je été enchantée de lire sur mon cher Zen Habits un article de Jeffrey Tang sur ce qu'il appelle la "Clean slate method" : ou comment parvenir à se désencombrer en mettant toutes ses affaires de côté, puis en les réintégrant au fur et à mesure dans son quotidien, plutôt que de procéder par la méthode plus classique de trier les objets un par un. Selon lui, cette méthode peut également être utilisée pour faire un sort aux dizaines e-mails que l'on reçoit en pluie tous les jours : on choisit d'archiver automatiquement tous les messages que l'on reçoit, et l'on prévient nos interlocuteurs les plus importants qu'en cas d'urgence, mieux vaut nous appeler.

Pour ma part, je ne me sens pas encore prête à passer l'éponge sur l'ardoise dans tous les domaines. Pour les e-mails, mon premier pas a été de passer sur Thunderbird et de classer automatiquement dans des dossiers ad hoc toutes les newsletters, alertes automatiques etc… des sites auxquels j'avais commis l'erreur fatale de m'abonner. J'ai d'ailleurs essayé quelque chose d'inédit aujourd'hui : m'accorder une heure de sommeil de plus, et consulter ma messagerie en 10 minutes montre en main le matin, au lieu d'y passer une grosse heure le soir. Reste à voir combien de temps je peux tenir avec un petit quart d'heure de mise au parfum, avant d'être submergée par l'impression d'avoir tout laissé en plan. Tout de même, ça paraît plus sain. P
our dégager de l'espace, je tente de faire d'une pierre deux coups en combinant désencombrement et moments sociaux : organiser des séances de vide-dressing (la prochaine est le 19 Juillet, si ça vous intéresse laissez un commentaire et je vous enverrai les détails pratiques), troquer des colliers que je fabrique contre des déjeuners au restaurant… Cela veut aussi dire : ne pas laisser entrer de nouveaux objets chez moi, ou d'engagements superflus dans mon emploi du temps déjà étranglé. Une bonne occasion d'apprécier plus en profondeur ce que l'on a déjà. Si vous avez de bonnes idées ou méthodes, je prends.

4 juillet 2010

Pense-bête

Oublier que l'on cherche ou croit chercher, que l'on attend ou croit attendre le hasard heureux, la révélation, la bonne fortune -

tirer la langue à la tristesse qui pointe, au découragement, à l'angoisse du temps qui passe, de la jeunesse qui en partant laisse une ombre sous mes yeux -

être offerte à l'instant sans perdre mon quant-à-moi, sans faire de tout coin de rue mon centre -

écouter les mots donnés, en bienveillance et sincérité, sans arrière-pensée -

savoir que la musique, le café et le jus de pamplemousse restent les gardiens de ma joie -

jouir de l'été doré et de ses soirées infinies, sans me prendre à son miroir aux alouettes, ni croire que je suis censée en faire quelque chose -

respecter le sommeil, la faim et l'argent gagné -

être plus maline que la ville maligne -

chanter et danser le plus souvent possible -

ne pas prêter l'oreille aux mauvais murmures

13 mai 2010

Le tiroir à trésors de Fifi Brindacier

Le peu que j'aie vu ou connu, sur lequel j'ai le nez collé, boutons de culotte trouvés et polis au fond d'une poche, dans ma parole toujours trop jeune pour mon âge devient énorme, je le sens, j'ai peur de tout trahir en en faisant trop - et pourtant mon enthousiasme court au devant de moi, ma fierté dérisoire d'avoir été choisie par la vie pour quelques instants privilégiés.

Certaines couleurs m'émeuvent comme si à les reconnaître je pouvais dans un ailleurs flou les posséder, ou en retrouver la densité dans ma mémoire, après la mort. La fonction d'enregistrement : fantasme qui ne m'a jamais quittée.(Lyon, 2004)

26 avril 2010

Printemps et autres saisons

La marche humaine n'est jamais qu'une chute toujours rattrapée de justesse.

L'expérience que j'ai de la vie humaine est aussi celle d'une succession de déséquilibres, d'une dynamique d'ajustement. Il y a le fantasme de la stabilité des pierres, mais je me demande s'il n'y a pas plus de bonheur et de haute vie dans le fait d'épouser cette dynamique, de la rendre fluide. L'équilibre n'est pas synonyme d'immobilité.
De sa marche on peut faire une danse.

La vie est vaste et mouvante. Je suis en ce moment serrée au cœur par l'évidence de sa brièveté ; le gymnaste qui s'élance pour un saut doit avoir, dans sa prise d'élan, la connaissance de la façon dont il va se réceptionner et dont son mouvement va se clore. Peut-être y a-t-il quelque chose dans le quotidien qui doit être cet entraînement du gymnaste, qui travaille le saut mais sait qu'il ne peut pas éternellement rester en l'air.

J'aime ce qui participe au mouvement mais donne des pistes d'ajustement : les échanges, les signes, et les saisons. Le printemps est merveilleux pour cela : le besoin de se tourner vers l'extérieur est très fort, et dans le même temps, il faut faire de la place pour toute cette nouveauté qui approche, il faut se laisser la place de germer et fleurir, en faisant place nette de ce qui est mort.