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10 juin 2013

La catastrophe et le sens

" I found earthquakes, even when I as in them, deeply satisfying, abruptly revealed evidence of the scheme in action. That the scheme could destroy the works of man might be a personal regret but remained, in the larger picture I had come to recognize, a matter of abiding indifference. No eye was on the sparrow. No one was watching me. As it was in the beginning, is now and ever shall be, world without end. On the day it was announced that the atomic bomb had been dropped on Hiroshima those were the words that came immediately to my ten-year-old mind. "

- Joan Didion, The year of  magical thinking


10 mai 2013

Tout est dit

" Il est l'affection et le présent, puisqu'il a fait la maison ouverte à l'hiver écumeux et à la rumeur de l'été, - lui qui a purifié les boissons et les aliments - lui qui est le charme des lieux fuyants et le délice surhumain des stations. Il est l'affection et l'avenir, la force et l'amour que nous, debout dans les rages et les ennuis, nous voyons passer dans le ciel de tempête et les drapeaux d'extase.
 
Il est l'amour, mesure parfaite et réinventée, raison merveilleuse et imprévue, et l'éternité : machine aimée des qualités fatales. Nous avons tous eu l'épouvante de sa concession et de la nôtre : ô jouissance de notre santé, élan de nos facultés, affection égoïste et passion pour lui, lui qui nous aime pour sa vie infinie...

Et nous nous le rappelons, et il voyage... Et si l'Adoration s'en va, sonne, sa promesse sonne : "Arrière ces superstitions, ces anciens corps, ces ménages et ces âges. C'est cette époque-ci qui a sombré !"

Il ne s'en ira pas, il ne redescendra pas d'un ciel, il n'accomplira pas la rédemption des colères de femmes et des gaîtés des hommes et de tout ce péché : car c'est fait, lui étant, et étant aimé.

O ses souffles, ses têtes, ses courses ; la terrible célérité de la perfection des formes et de l'action.

O fécondité de l'esprit et immensité de l'univers.

Son corps ! Le dégagement rêvé, le brisement de la grâce croisée de violence nouvelle !

Sa vue, sa vue ! tous les agenouillages anciens et les peines relevés à sa suite.

Son jour ! l'abolition de toutes souffrances sonores et mouvantes dans la musique plus intense.

Son pas ! les migrations plus énormes que les anciennes invasions.

O lui et nous ! l'orgueil plus bienveillant que les charités perdues.

O monde ! et le chant clair des malheurs nouveaux !

Il nous a connus tous et nous a tous aimés. Sachons, cette nuit d'hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la plage, de regards en regards, forces et sentiments las, le héler et le voir, et le renvoyer, et sous les marées et au haut des déserts de neige, suivre ses vues, ses souffles, son corps, son jour. "

- Arthur Rimbaud, Illuminations, Génie

photo Maggie Lochtenberg

3 mars 2013

Yang Sheng : nourrir sa vie

"La seule préoccupation que nous ayons à garder à l'esprit, nous qui voulons nous libérer de toutes, nous dit en somme Zhuangzi,  pour laisser épanouir en nous la vie, est de défaire les fixations qui pourraient s'y manifester."
" En Chine, le mal vient seulement du fait que la polarité à l’œuvre ne joue plus, que les grands échanges dynamiques ne se font plus, et finalement que cela ne "passe" plus."

Le sage chinois dit : "J'ai entendu mon maître dire : être apte à nourrir sa vie, c'est comme faire paître des moutons: si l'on en voit qui traînent à l'arrière, on les fouette." (Zhuangzi)
Il ne s'agit pas tant de progresser vers un idéal que de "maintenir toutes ses ressources vitales en développement", ne rester accroché à aucune qualité, se maintenir évolutif et alerte.


22 novembre 2012

Information de l'être sans forme

"La consommation des nouvelles et des commentaires dans les journaux  quotidiens ou hebdomadaires, à la radio ou à la télévision, représente une super-production de pensées et d'émotions inutiles. Sans formation, sans préparation, sans étude approfondie, tout le monde a son idée sur tout, en économie, en politique, en diplomatie. Mais personne ne se connaît lui-même, personne ne mesure à quel point il ne se connaît pas lui-même. Chacun chérit ses opinions sur des questions dont il ignore les tenants et les aboutissants et a son idée sur la façon dont il faudrait mettre de l'ordre dans le monde, alors qu'il ne sait absolument pas comment il pourrait mettre de l'ordre en lui-même. La sacro-sainte Information est une immense duperie."
Arnaud Desjardins, Monde moderne et sagesse ancienne (1990)


9 janvier 2012

Le oui et le non


"Si on ne peut pas dire non, on ne peut pas dire oui."

"Lorsque nous descendons vers la frontière où la conscience corporelle touche à l'inconscient nous prenons conscience de ce que l'inconscient est notre force, alors que la conscience est notre gloire. Nous sentons l'unité de la vie, et nous réalisons que la signification de la vie est la vie elle-même. Nous pouvons même descendre plus bas et permettre à l'inconscient de nous envelopper comme dans un sommeil magnifique ou un orgasme extatique. Nous nous trouvons alors rénovés dans les sources profondes de notre être, et nous pouvons nous lever pour une nouvelle journée avec une conscience rehaussée, qui n'a pas besoin de s'accrocher à sa lumière éphémère par peur du noir."
 
Dr Alexander LOWEN
 La Bio-Energie

4 janvier 2012

Un ordre de mission

Dans le même ordre d'idée que les intentions de Tara Mohr, je me suis attelée aujourd'hui à la rédaction de mon ordre de mission, et  ma première satisfaction fut de constater que j'avais malgré tout une idée assez claire de mon horizon, même si la façon concrète et quotidienne de faire un pas puis l'autre pour l'approcher n'est pas toujours bien définie.

"I want to learn more and more to see as beautiful what is necessary in things; then I shall be one of those who make things beautiful. Amor fati: let that be my love henceforth! I do not want to wage war against what is ugly. I do not want to accuse; I do not even want to accuse those who accuse. Looking away shall be my only negation. And all in all and on the whole: some day I wish to be only a Yes-sayer."
 
F. Nietzsche
Section 276
The Gay Science

1 janvier 2012

La vie du corps


"La vie de quelqu'un, c'est la vie de son corps. Comme un corps en vie comprend l'attention, l'esprit et l'âme; vivre pleinement la vie de son corps consiste à être attentif, spirituel et expressif. Si l'un de ces aspects est déficient, c'est parce que l'on n'est pas totalement dans son corps. On traite son corps comme un instrument ou une machine. On sait que s'il tombe en panne on a des ennuis. Mais on pourrait dire la même chose de l'automobile, dont nous sommes si dépendants. Nous ne nous identifions pas à notre corps ; en fait nous l'avons trahi (...). Toutes nos difficultés personnelles naissent de cette trahison, et je crois que la plupart des problèmes sociaux ont une origine similaire.

(...) Si l'on ne respire pas profondément, on diminue la vie de son corps. Si l'on ne ressent pas totalement, on rétrécit la vie de son corps. Si l'on bride l'expression de soi, on limite la vie de son corps.

Il est vrai qu'on ne s'impose pas volontairement ces restrictions vitales. Elles s'élaborent en tant que moyens de survie dans un environnement familial et une culture qui renient les valeurs physiques au profit du pouvoir, du prestige et des possessions. Néanmoins, on accepte cette limitation de la vie parce qu'on ne la remet pas en question et, ce faisant, on trahit son corps. Il est également vrai que la plupart des gens restent inconscients des handicaps physiques sous lesquels ils peinent – handicaps qui leur sont devenus une seconde nature, une part de leur façon d'être dans le monde. Ils traversent en effet l'existence avec un budget limité d'énergie et de sensations.

Le but de la bioénergie consiste à aider l'individu à retrouver sa nature première, qui est une condition de liberté, un état de grâce, et possède un caractère de beauté. La liberté, la grâce et la beauté sont les attributs naturels de tout organisme animal. La liberté est l'absence de restrictions intérieures à la circulation des sensations, la grâce est l'expression en mouvement de ces courants, la beauté est la manifestation de l'harmonie intérieure qu'ils engendre. Elles dénotent un corps sain et donc un esprit également sain.

La nature première de tout être humain consiste à s'ouvrir à la vie et à l'amour. Dans notre culture, être sur nos gardes, cuirassé, méfiant et renfermé est une seconde nature. Ce sont les moyens qu'on adopte pour se protéger de la souffrance, mais lorsque ces attitudes deviennent caractérologiques ou se structurent dans la personnalité, elles constituent une blessure plus grave et créent une infirmité plus importante que celle dont on souffrait à l'origine. "

 
- Dr Alexander LOWEN
La Bio-Energie

9 novembre 2011

Whatever

“Whatever the present moment contains, accept it as if you had chosen it.” 
~Eckhart Tolle

Hamlet dit que rien en soi n'est bon ni mauvais, c'est la pensée qui donne aux choses leur valeur et leur polarité.
Quoi qu'il arrive, ce sera bien.
Il n'y a pas de mauvaises herbes.

7 novembre 2011

Ce dont on ne peut parler, il faut le taire

"Lorsqu'on commence à parler du Tao, ce n'est déjà plus le Tao."   
- Pierre Mayol


  "A partir du moment où on essaye d'analyser ou d'expliquer une chose,
on perd l'essence même de la chose.
Et la vie elle-même est au-delà de toute définition,
il suffit simplement de l'éprouver et de la vivre." 

- Jacques Mayol (plongeur en apnée, "l'homme-dauphin")

11 septembre 2011

Croître et embellir


" Sortir de son monde, ou de son Moi habituel, est une expérience transcendentale. Cela arrive à la plupart des gens et dure plus ou moins longtemps. Ces expériences ont en commun une impression de détente, une sensation de libération et la découverte d'un Soi pleinement vivant, qui réagit de façon spontanée. Mais de telles transformations sont le fait du hasard et on ne peut ni les prévoir ni les programmer. Malheureusement, elles cessent souvent aussi soudainement qu'elles avaient commencé ; le carrosse étincelant redevient citrouille en une nuit. On reste abasourdi : quelle est la vraie réalité de l'être ? Pourquoi ne peut-on pas rester dans cet état de liberté ?
(...) Si l'on recherche la transcendance, on peut avoir de nombreuses visions, mais on s'arrêtera certainement là où l'on a commencé. Si l'on opte pour la croissance, on peut avoir quelques instants de transcendance, mais ce seront des sommets sur la route régulière menant à un Moi plus riche et plus solide.
La vie elle-même est un processus de croissance, qui commence par la croissance du corps et des organes, passe par l'établissement de la dextérité motrice, l'acquisition du savoir, l'augmentation des connexions, et finit par une sommation de l'expérience qu'on appelle sagesse. Ces divers aspects de la croissance se recouvrent, puisque la vie et la croissance s'insèrent dans un environnement naturel, culturel et social. Bien que la croissance soit un processus continu, celui-ci n'est jamais uniforme. Il y a des périodes de ralentissement, pendant l'assimilation de l'expérience, qui préparent l'organisme à une nouvelle ascension. Chaque ascension conduit à un nouveau sommet et crée ce que nous appellerons une expérience culminante. Chaque expérience culminante doit à son tour s'intégrer à la personnalité pour qu'une nouvelle croissance puisse avoir lieu et que l'on finisse par atteindre la sagesse. J'ai signalé un jour à Reich que je connaissais la définition du bonheur. Il haussa les sourcils, me regarda d'un air railleur et me demanda ce que c'était. Je répondis : Le bonheur c'est la conscience de croître. Ses sourcils retombèrent, tandis qu'il commentait : Pas mauvais.


Si ma définition a quelque validité, cela suggère que la plupart des gens entreprennent une thérapie parce qu'ils sentent que leur croissance s'est arrêtée. Assurément de nombreux patients comptent sur la thérapie pour faire redémarrer le processus de croissance. La thérapie en est capable si elle procure de nouvelles expériences et aide à écarter ou à amoindrir les blocages ou les obstacles qui empêchent d'assimiler l'expérience. Ces blocages sont des schémas de comportement structurés qui témoignent d'une résolution peu satisfaisante, compromis avec les conflits infantiles. "

Dr Alexander LOWEN
La Bio-Energie

1 août 2011

Leur coeur était ouvert aux pluies

"Devant la mort nous serons comme à notre naissance, radicalement privés de toute puissance. C'est à cette faiblesse en nous que l'amour devrait s'adresser pour ne jamais se perdre."

"La sainteté n'est rien de ce qu'on imagine. J'ai rencontré aujourd'hui une troupe de primevères bavardant à l'air libre et faisant de leurs bavardages une prière qui montait droit au ciel. Leur cœur était ouvert aux pluies, aux sécheresses et même à l'arrachement. Ne pas choisir dans ce qui vient était leur manière impeccable d'être saintes. (...)

La vie s'attriste de ne pouvoir nous atteindre que rarement."

"Ce n'est pas sa beauté, sa force et son esprit que j'aime chez une personne, mais l'intelligence du lien qu'elle a su nouer avec la vie."

"Le diable sans aucun doute aime ce qui est fluide, rapide et lisse. Il raffole de l'électronique et de ce qui peut nous rendre la vie plus facile jusqu'à nous faire oublier de la vivre. S'il y a un enfer, et il y en a un, et nous y sommes, il nous y aura menés gentiment, par légères poussées, sans aucun drame. Escamoter le réel, c'est son charme. (...) L'argent permet à ceux qui le possèdent d'ignorer la rudesse de la matière, et le diable, on ne le sait pas assez, déteste la matière autant qu'il déteste Dieu : l'angélisme est sa vraie nature."

- Christian Bobin, Ressusciter

20 juillet 2011

Je n'ai pas peur de la route

"On ne peut pas se permettre de traverser l'existence avec l'impression qu'elle nous brisera si on ne fait pas attention, car c'est sûrement ce qui se passera alors."

- Dr Alexander Lowen -

"Avance sur ta route, car elle n'existe que par ta marche."

- Saint Augustin -

1 mars 2011

Paroles du vagabond enchanté


" Souvent les voyageurs justifient leur départ par leur soif de rencontres, Découvrir l'Autre, s'y frotter, le comprendre, l'écouter et l'aimer : motifs des voyages modernes. Serait-ce qu'à la maison, il n'y a personne digne de soi ? Serait-ce que l'exotisme confère à l'étranger une valeur suprême ? Y aurait-il un rapport entre la profondeur des gens et leur éloignement ? Un voyage en des terres désolées, vides de tout être, n'aurait-il pas d'intérêt ?

Je trouve plus honnête d'avouer que je voyage en vagabond enchanté pour le seul bénéfice de mon âme et la pure jouissance de mon corps. Que me frotter à la beauté du monde est mon unique raison de lever les ancres. Que je suis capable de laisser l'Autre tranquille pendant des semaines si je me sens l'humeur solitaire. "Partir pour rencontrer", entend-on ici et là comme si rencontrer l'autre était équivalent à visiter les temples ou goûter la cuisine locale. La rencontre est un bonheur fugace, rare, avare de lui-même. Elle survient sur la route. Surtout ne pas aller vers elle ! Si elle se décide à venir, alors elle illuminera votre ciel intérieur sans qu'il n'y ait rien à faire. Comme avec les chats.

(...)

Sous la plume de Knut Hamsun, le vagabond cheminant dans la lumière du nord tient "compte de chaque caillou, chaque brin d'herbe, et eux, à leur tour, semblent tenir compte de moi. Nous sommes de vieilles connaissances". Il y a dans la capacité d'émerveillement l'un des secrets de l'énergie vitale. Quelques rares êtres réussissent à se maintenir en perpétuel état de reconnaissance devant le cours des choses, à "tenir [leur] âme en haleine" selon Montaigne. Non pas qu'ils aient affûté leurs yeux à mieux regarder le monde ou qu'ils possèdent une prédisposition au métier de spectateur mais parce qu'ils éprouvent en eux l'unité du vivant. Ils se sentent intégrés à la valse solaire. Ils se savent dépendre de l'astre autant que le chêne et le lombric. Ils développent corps et âme une capacité extrême de réception des signaux du monde extérieur – de ses parfums, de ses couleurs et de ses formes. Ce n'est pas tellement que leurs yeux se tiennent grands ouverts. C'est plutôt qu'ils deviennent eux-mêmes œil ouvert. Ils regardent de toute leur âme, écoutent de tous leurs yeux, reçoivent de toute leur chair. Le monde leur saute au regard comme un enfant heureux vous sauterait au cou. Ils brûlent de l'inépuisable appétit de toujours découvrir quelque chose de nouveau. "

- Sylvain Tesson, Éloge de l'énergie vagabonde

21 février 2011

Et tout le reste est labeur serf

"Il existe un travail et une possession réelle, je veux dire chez les paysans, les artisans, les poètes, pour lesquels la possession signifie l'unité de l'action, du prix, et du produit."

- Paul Nizan, Aden Arabie

18 février 2011

Über den Horizont

Il y a des choses qui semblent inaccessibles. Pour une raison ou une autre, on s'est un jour convaincu qu'on n'y arriverait pas, qu'elles resteraient hors de portée de nous.

Tous les chemins ne sont pourtant pas difficiles pour tout le monde. Celui qu'on a parcouru avec des semelles légères va être pour d'autres une côte terrible.

La différence entre les personnes résident dans les barrières que chacun s'installe. Napoléon ou Alexandre ont toujours cru qu'ils deviendraient les maîtres du monde. Ils n'en ont jamais douté une seconde.

Avant de conquérir l'univers, il peut déjà être utile de réaliser les choses qu'on a faites, celles qui mettent des étoiles dans les yeux des ados et qui sont pourtant notre quotidien. Le reste devient beaucoup plus accessible, il suffit simplement d'y croire.

15 février 2011

Vent debout


" N'acceptez pas que l'on fixe, ni qui vous êtes, ni qui vous restez. Ma couche est à l'air libre. Je choisis mon vin, mes lèvres sont ma vigne. Soyez complice du crime de vivre et fuyez ! Sans rien fuir, avec vos armes de jet et la main large, prête à s'unir, sobre à punir. Mêlez-vous à qui ne vous regarde, car lointaine est parfois la couleur qui fera votre blason.

Le cosmos est mon campement."


- Alain Damasio, La Horde du Contrevent

14 février 2011

Non-axiomes d'Alfred E.Van Vogt


  • La sémantique générale permet à l'individu de s'adapter à la vie de la façon suivante :
  1. Il peut logiquement anticiper l'avenir ;
  2. Il peut réaliser en fonction de ses capacités ;
  3. Son comportement est ajusté à son milieu.
  • Les enfants, les adultes sans maturité et les animaux "identifient". Chaque fois qu'une personne réagit à une situation nouvelle comme s'il s'agissait d'une situation ancienne et invariable, on dit que lui ou elle "identifie". Un tel comportement est aristotélicien.
  • Dans l'intérêt de la raison, utilisez la formule ET CÆTERA. Quand vous dites : "Marie est une bonne fille !" ne perdez pas de vue que Marie est bien autre chose que "bonne". Marie est "bonne", gentille, charmante, et cætera, ce qui signifie qu'elle possède encore d'autres caractéristiques. Il vaut la peine de rappeler également que la psychiatrie moderne ne considère pas que l'individu tranquillement "bon" ait une personnalité très saine.
(1948)

8 février 2011

La vérité dans un pot de miel

“‎”Well,” said Pooh, “what I like best,” and then he had to stop and think. Because although eating honey was a very good thing to do, there was a moment just before you began to eat it which was better than when you were, but he didn’t know what it was called”

- A.A. Milne

Truth refers to the whole of existence and beyond. Truth exists as much in your teacup as it does in your temples and churches. Truth is as present in shopping for your groceries as it is in chanting to God. To think of truth only in spiritual or religious terms is to miss the whole of it, for in doing so you create the boundaries and divisions that are the very antithesis of truth.

Truth is an immeasurable reality not at all separate from your own being. For in the revelation of truth, all beings rest within your being. Put more simply, if you cannot find it now underfoot, I’m afraid that you have missed it entirely.

- Adyashanti

3 février 2011

La dérive et la butée

Quand je vois la tête de mon agenda (orange vif à l'extérieur, bien noirci à l'intérieur), mon système de to-do lists et d'auto-organisation de plus en plus rodé, et la première réponse qui me vient à l'esprit quand on me demande comment ça va ("très bien mais j'aimerais bien avoir plus de temps devant moi"), je me dis que décidément, j'ai décliné à ma sauce (pimenté de GTD et d'ambitions artistiques floues) le tic maternel d'avoir toujours des choses à faire, et que je ne sais pas comment on fait pour se laisser vivre. Dans le discours familial, "se laisser vivre" est d'ailleurs connoté très négativement, comme s'il y avait forcément quelque chose de mieux à faire de la vie que de simplement la vivre - pas forcément atteindre le Nirvâna ou une révélation métaphysique (ce qui serait plutôt mon horizon personnel), mais se donner de la peine par principe (persistance d'un idéal chrétien mal digéré?).


Difficile de faire quotidiennement le choix conscient du bonheur en se gardant d'un délire de contrôle et de mainmise. Difficile de se laisser un peu la paix, sans lâcher sur l'ambition existentielle, et le refus de laisser "les autres", la société, ses névroses ou simplement l'inertie décider pour soi et tracer la forme de sa vie.

Dans un très intéressant billet, Steve Pavlina engage le lecteur à s'interroger sur ce à quoi il choisit d'accorder son intention. L'idée est bien de redonner à chacun le libre choix de sa dynamique mentale et de ses plis quotidiens, mais ce faisant Pavlina impose malgré tout ses valeurs et sa conception d'une vie réussie (de l'argent et un corps sportif, à tout le moins).

Il propose à l'internaute un exercice intéressant : dans une liste de choses et sujets, noter ceux qui ne méritent pas son attention, ceux qui méritent une certaine attention, et ceux qui méritent pleinement son attention. Puis lister les choses auxquelles, de fait, il emploie son attention au cours d'une journée, et déterminer si elles en valent la peine ou non.

Cet exercice m'a troublée car je me suis aperçue que sur les 117 thèmes hétéroclites qu'il avait listés, les deux tiers me semblaient dignes d'intérêt, et presque la moitié mériter ma pleine attention. Si l'on considère que je ne me suis pas amusée à lister en sus tous les autres sujets qui me paraissaient mériter mon attention (liste potentiellement infinie), on comprendra aisément que pour peu que l'on soit un minimum curieux du monde, des autres et de soi, prioriser ses centres d'intérêt est un casse-tête.

Quelques extraits :

"Simply do the best you can in each moment, and you can continue to upgrade your choices as you go along. Keep pushing yourself to drop low-value activities, and replace them with higher value ones. "

"If you still insist on using the “I don’t know what to do” excuse, then drop to the floor and do push-ups until you think of something that’s a better use of your time than doing push-ups. I suspect your brain will come up with a few ideas very shortly."

"Very often when you reduce the time wasters by dropping low-value relationships and activities from your life, your understanding about what really matters to you will skyrocket. Time wasters will invariably fog your vision. Get rid of them as quickly as you can, and clarity will return. You will not miss the time wasters, even if you feel you’re addicted to them now."

31 janvier 2011

Pour rassurer...

...certains de mes amis ou connaissances qui sont tout effrayés de découvrir que leurs enfants réussissent mieux scolairement dans les matières littéraires que scientifiques, voici les "qualités des littéraires", relevées dans un livre de ressources humaines à l'époque où j'étais moi-même étudiante :

méthode, rigueur, précision, abstraction, analyse, expérience de l'incertain, perception des complexités, intégration du temps, sentiment de la qualité, exigence de la langue, attention aux discours, distance réflexive, dédoublement de l'interprétation, goût des synthèses, contenus culturels, connaissance des hommes.